Archive for March, 2012

Le Bro Gozh ma Zadoù , l’hymne Breton, enfin traduit en Gallo !

Monday, March 12th, 2012
Source: http://7seizh.wordpress.com/2012/03/12/le-bro-gozh-ma-zadou-lhymne-breton-enfin-traduit-en-gallo/comment-page-1/#comment-211

 	

Gallésants et bretonnants peuvent désormais chanter d’une seule voix l’hymne national Breton grâce à la traduction du Bro Gozh ma Zadoù en langue gallèse.

Le vieû païz de mes peres

Nous-aotrs Bertons de qheur, emons notr payiz

Gn’a point d’aotr qé j’eme sitant paraille come li

Sitant braves dens la ghére, nos peres n’eûtent point pou

Et pour li qi s’mourites tertout

O Bertaigne, j’eme sitant mon païz

O la mé paraille come une murâille antour d’yelle/lè

Qé ma Bertaigne s’rae dehahudéy.

Bertaigne, payiz és vieûs saints, payiz de pouétous

Gn’a point d’aotr qé j’eme sitant come li anllou

Châq montaigne, châq val ét percieûz a mon qheur

Dedens, sont ensuérae hardi de nos peres

O Bertaigne, j’eme sitant mon païz

O la mé paraille come une murâille antour d’yelle/lè

Qé ma Bertaigne s’rae dehahudéy.

Les Bertons sont dou monde vra dusses e qheurus

I n-n’a point d’aotr de méme a sitant païssae d’ssus

Chants de haote voué ou de jouë naqhissent en yeûz

O, de tai mon païz je së lorieûz

O Bertaigne, j’eme sitant mon païz

O la mé paraille come une murâille antour d’yelle/lè

Qé ma Bertaigne s’rae dehahudéy.

Si d’aotr-faï, mon païz, tu fûs refaet és grandes hersséys

Tes langaïjes sont core vioches anet come jâméy

Ton qheur ébrezillë ét terjou portae pour yelles

Veunla t’i és erchoméy ma Bertaigne

Paroles : Taldir Jaffrenou, traduction : Fabien Lécuyer

Bretagne durable

Monday, March 12th, 2012

PIERRE RABHI : « NOUS VIVONS DANS UN OBSCURANTISME BRILLANT »

Son itinéraire sort des sentiers battus. Cet agriculteur, penseur et essayiste né dans une oasis au sud de l’Algérie, défriche les terres d’Ardèche et du monde depuis les années 60, là où il expérimente de nouvelles méthodes agro-écologiques plus en phase avec la nature et l’Être humain. « Parce que nous n’avons plus le choix si nous ne voulons pas nous suicider », Pierre Rabhi est à l’initiative du Mouvement Colibris et de la campagneTous candidats en 2012. Remettant en question l’ensemble des systèmes dans lesquels nous vivons, il livre ses paroles visionnaires à notre partenaire, letre.org.

© Patrick Lazic
Eprouvez-vous une certaine nostalgie du désert que vous portez en vous, alors que vous avez quitté l’Algérie quand vous étiez enfant, après avoir traversé de grandes épreuves ?

Pendant longtemps oui, mais il faut finalement s’affranchir. Ma destinée est un peu particulière dans le sens où nous étions dans un pays qui était une colonie française à l’époque. Il fallait tirer partie du charbon, ouvrir des mines, ce qui a apporté un chamboulement important dans notre culture séculaire. Il a fallu mobiliser la main d’œuvre locale dont faisait partie mon père qui était aussi poète et forgeron. Pris dans la tourmente, il s’est trouvé en questionnement par rapport au futur, d’autant plus que j’ai perdu ma mère quand j’avais quatre ans. Il voulait m’offrir un avenir en me donnant accès à la culture dominante française. Il m’a alors confié à un couple sans enfants pour qu’il m’instruise tout en respectant la religion musulmane et mes origines. La suite de l’histoire c’est que cette famille a atterri en France. Je me suis alors retrouvé sans appartenance, passant sans transition de la tradition à la modernité, de l’islam au christianisme.

Comment expliquer cette façon de penser, d’agir et de rebondir alors que vous auriez pu vous écrouler ?

J’ai hérité de cette énergie que donne le désert. Le désert est la plupart du temps un lieu de survie. Et à mon sens, plus on est dans l’opulence et moins on développe des forces de vie. Le désert nous donne justement un surcroît de force de vie, de détermination, de caractère et de résistance.
Bien entendu j’ai subi un véritable écartèlement. J’ai perdu mon identité pure pour devenir quelqu’un qui appartient à deux mondes, un Être à la double culture. C’est une chance, comme diraient certains, mais c’est aussi très difficile, dans le sens où on est en quête de son sens de gravité en permanence.

Puis vous êtes devenu Ouvrier Spécialisé. C’est à cette période que vous avez fait preuve d’un instinct de rébellion en quelque sorte ?

J’ai cherché du travail pour m’en sortir et je me suis rendu compte que je m’étais trop intéressé à la philosophie pour avoir des compétences dans le monde d’aujourd’hui. J’avais fait de nombreux petits métiers mais rien de vraiment sérieux. C’est pourquoi je suis devenu OS dans la région parisienne. Mais j’étais quelqu’un qui était enclin à réfléchir à la vie, à me poser des questions. Cet instinct de penser la société en tant que paradigme m’a amené, travaillant dans le milieu de l’entreprise, à constater que le système dans lequel j’étais n’échappait pas à la pyramide. A l’intérieur de ce microcosme il y avait cette hiérarchie qui aboutissait finalement à classer les humains en fonction des compétences à donner au système lui-même. En tant qu’OS je n’avais personne à vexer, me trouvant dans la strate inférieure. Je n’ai donc pas mâché mes mots.
A partir de cette situation très concrète que je vivais comme une incarcération de la condition de l’humain, j’ai voulu m’opposer à ce qui était à mes yeux la pire des aliénations, à savoir l’enfermement à vie pour produire du produit national brut et renoncer tout simplement à la vie.

Vous trouviez la réflexion dans les livres ?

Je me suis plongé dans la pensée de Socrate, dans la philosophie asiatique et indienne, et j’ai lu tous les auteurs qui s’interrogeaient sur le destin, sur la signification de l’avènement de l’Être. Au fond tout le monde cherche des réponses parce qu’on a peur de la mort. On est en plein dans ce que l’on appelle les questions métaphysiques. Cette interrogation sur le sens de la vie était prégnante en toutes choses, les innovations humaines étant toujours à mes yeux secondaires. Et à tort ou à raison j’ai ressenti la condition humaine dans ce contexte comme carcéral, en dépit des proclamations soi-disant libératrices du progrès. Et souvent dans mes conférences je cite l’exemple de l’itinéraire de l’Être humain dans la modernité : de la maternelle à l’université il est enfermé, tout le monde travaille dans des boîtes, des grandes boîtes, des petites boîtes, même pour aller s’amuser on va en boîte, et il y a la boîte à vieux en attendant la dernière boîte que je vous laisse imaginer. On ne peut pas prétendre qu’un itinéraire comme celui-là est libérateur. Et tout cela au nom de quoi ? De la finance, de la croissance économique.
J’ai ensuite rencontré dans l’entreprise celle qui est devenue ma compagne. Ensemble, on a tenté un retour à la terre en Ardèche. L’alibi étant : je ne veux pas renoncer à ma part de soleil, à ma part d’air pur, à ma part de beauté de la nature ou simplement réduire ça à quelques jours de vacances. Je revendiquais de vivre sans être un consommateur producteur ou un homoeconomicus !

Vous remettez en question tout un système.

Je suis très attaché à la valorisation des ressources et des biens, à l’agro-écologie, à la lutte contre la faim dans le monde, pas en transportant des sacs de riz évidemment, mais en donnant aux gens les capacités de se nourrir par eux-mêmes selon des méthodes que j’ai moi-même éprouvées sur mon domaine. Je remets en cause la croissance économique parce que nous faisons d’un problème une solution. Nous fonctionnons sur le toujours plus sans limites, sur une insatiabilité qui donne beaucoup plus d’importance au superflu qu’à l’indispensable, la preuve c’est qu’il y a des gens qui meurent de faim alors que la planète est riche de tout. C’est à cause de la croissance économique qu’on abat les forêts, qu’on écume les mers…

Etes-vous optimiste ? Pensez-vous qu’il soit possible d’aller vers ce que vous proposez à plus où moins long terme ?

De toute façon nous n’avons pas le choix. Le monde ne comprend pas qu’il y a une diversion de la pensée collective, que l’on est grisé par nos machins, nos machines, mais je trouve qu’aujourd’hui il n’y a pas de véritable pensée à part ici où là. Est-ce par le fait que les Êtres humains sont concentrés dans des cités urbaines géométriques, étriquées, confinées ? Nous vivons dans un obscurantisme brillant, qui fait illusion dans un fatras de concepts mais on n’est même pas fichu de comprendre que si nous détruisons la nature, nous disparaîtrons avec elle. Et je dois dire que le niveau de conscience du collectif est quand même très bas. Il y a une régression terrible de la pensée humaine.

Mais alors comment échapper à l’absurde ?

Il faut une civilisation qui soit basée sur la modération, sur une éducation des enfants qui exclut la terreur d’échouer et la performance et encourage plutôt la joie d’apprendre. Je pense au G7, au G8 avec cette classification des pays les plus riches pour ne citer qu’un exemple. Nous avons une sémantique, une fois introduite dans l’opinion, qui provoque une ambigüité terrible, un malentendu. On prend en compte l’économie formelle et pas du tout l’économie informelle, c’est-à-dire tous les actes que vous et moi faisons chaque jour qui sont gratuits mais qui continuent à maintenir la société en vie. Le fait d’avoir donné à l’argent le sens de prospérité fait que nous occultons tout ce que les Êtres font qui entretiennent la vie sans avoir une contrepartie financière. La pensée n’est pas ajustée aux réalités. Arrêtons de faire de ce qui est anormal une norme !

Interview réalisée par Emmanuelle Jappert.

Plus d’infos

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur l’excellent blog letre.org, sur lequel vous retrouverez également d’autres entretiens de qualité, comme avec Boris Cyrulnik.