Archive for April, 2010

Voile intégral: Les parlementaires UMP solidaires du gouvernement

Tuesday, April 27th, 2010
Et voilà, François Goulard nous joue le énième remake de l’opposition Villepiniste à tous les projets du gouvernement !
“Seul député à s’opposer à une loi, François Goulard a prévenu cet après-midi: “Il est assez probable que je ne prendrai pas part au vote”.
“Une loi interdisant systématiquement et universellement la burqa ne me paraît pas appropriée. La burqa est un épiphénomène en France. Il s’agit clairement de ramener les voix du Front national vers l’UMP”, a regretté le député villepiniste du Morbihan.”
François Goulard ferait mieux de quitter l’UMP, ce serait plus clair..
Claude Guillemain
Bretagne Libérale

www.lexpress.fr

François Fillon a annoncé ce mardi matin que le projet de loi sur le voile intégral serait présenté à l’Assemblée nationale début juillet. Seul le calendrier d’adoption fait réellement débat au sein des députés et sénateurs de la majorité.

Une expérience de néo-ruralité : Entretien avec Philippe Montméas, paysan

Friday, April 23rd, 2010

(Entretien paru dans Id Magazine)

- Vous avez décidé de reprendre une ferme et de devenir paysan. Pourtant, rien ne vous prédestinait à une telle entreprise. Pouvez-vous nous résumer votre parcours jusqu’à cette prise de décision ?

Il est vrai que peu d’éléments laissaient à penser qu’un jour nous reprendrions une ferme. Scolairement, j’ai suivi des études supérieures où les préoccupations étaient bien éloignées du monde rural.

Politiquement, mon grand-père était un nostalgique des Croix de feu et mes parents avaient une saine réaction de rejet de la diversité et des « argentiers ». Entré en politique à l’âge de 15 ans dans des groupuscules divers, j’ai par la suite milité au FN côtoyé des jeunes proches du GRECE, ce qui a marqué une première étape importante dans mon futur choix de vie. L’économie organique, l’héritage indo-européen, les traditions d’Europe, les lectures de Nouvelle Ecole m’ont profondément marqué. Enfin un monde avec lequel je me sentais en résonance !

Avec le déracinement dû à mes études et avec l’esprit du « Plus est en nous », je me mis à pratiquer la randonnée de façon très régulière dans un esprit minimaliste (matériel obsolète, peu de nourriture, il fallait chasser le bourgeois qui était en nous !). De fil en aiguille, j’ai un jour rencontré des Wandervögel et ce fut le deuxième tournant de ma petite vie. Enfin un groupe qui semblait vouloir s’extirper de ce monde mortifère, et qui voulait vivre en cohérence avec ses idées, construire au quotidien une alternative saine, joyeuse, vraie, völkisch.

Ces sept années « à fond » allaient marquer de manière indélébile mon attitude face au monde et à notre avenir. Nous devions, ma femme et moi, choisir une voie qui nous permettaient de vivre chaque seconde en Wandervogel en gardant à l’esprit cette maxime : « Nous ne changerions peut-être pas le monde, mais le monde ne nous changera pas ! ».

- Quelles ont été les motivations de ce « changement de vie » radical ? Quels ont été les événements ou les rencontres qui vous ont fait franchir le pas ?

La dernière étape de notre parcours, nous la devons à une rencontre à un congrès du Renouveau Etudiant. Là, en marge du congrès, nous avons discuté avec deux frères de la nécessité d’un retour à la terre, de l’obligation de manger bio afin de préserver notre patrimoine génétique avant de le transmettre, du manque de réactions de nos camarades face à tout ce qui nous détruit : médecine chimique, agriculture conventionnelle, ondes électromagnétiques des téléphones portables, vaccination,…

Cette discussion nous avait ouvert les yeux, nous devions reprendre une ferme ! A quoi bon se battre pour sauver sa culture ou son sang si ce dernier est pourri, si nos gènes mutent à cause d’éléments chimiques, si notre capacité de reproduction diminue dans des proportions alarmantes, si les métaux lourds de plus en plus présents dans notre organisme modifient le fonctionnement de nos organes ou détruisent notre système immunitaire et notre système nerveux, nous laissant à la merci de n’importe quel nouveau virus préparé en laboratoire ou amené par de nouveaux « touristes » !

Un autre élément a pesé dans la balance lorsque nous avons décidé de changer de vie, ou plutôt de commencer à vivre, c’était la nécessité que nous avions de nous réenraciner, de nous recentrer afin que nos enfants naissent et grandissent les pieds ancrés dans leur terre. On s’enracine toujours mieux dans un coin qui sent bon l’humus que les godasses collées au goudron.

- Pouvez-vous nous dire quel « type » de ferme vous avez choisi pour vous installer et quel investissement financier cela a exigé ?

Nous avions trois critères à prendre en considération. Premièrement revenir dans la région dont nous étions originaires, nos familles l’avaient quittée au début du XXème pour descendre à la ville, nous tenions à refaire le chemin inverse. Deuxièmement nous voulions un endroit isolé avec des terrains attenants, pas vivre dans un hameau et, surtout, dans un lieu qui ne connaîtrait pas de développements importants (lotissements, autoroute, TGV,…) et enfin, l’aspect le plus contraignant, il fallait que cela rentre dans notre budget. Nous disposions de 450.000 F, soit 65.000 € et il était hors de question de faire un quelconque prêt bancaire.

-  Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez été confrontés lors de votre installation ?

Nous avons trouvé une ferme qui correspondait à ce que nous cherchions, abandonnée depuis 20 ans, avec tous les terrains embroussaillés, pas d’eau courante, tout à refaire à l’intérieur. De plus, nous avons eu notre premier enfant 5 jours avant notre installation. Mais malgré cela, je dois bien reconnaître que nous n’avons pas connu de grosses difficultés, ou plutôt, nous n’avons pas mesuré les difficultés auxquelles on était confronté car la joie et la volonté que nous avions de relever le défi étaient plus forts que les épreuves qui se présentaient.

- Et comment se sont établis les rapports avec les autres paysans et la population locale ?

Lentement. On était occupé à travailler et à restaurer la ferme et comme on était assez éloigné du village, on n’avait que quelques visites. Par la suite, les relations se sont développées petit à petit. Je pense que nous sommes acceptés par les gens du village. Nous ne nous considérerons jamais comme étant complètement du pays et eux non plus, c’est dans la logique de notre vision du monde, mais qu’importe. Le sentiment d’appartenance basé sur le droit du sang est encore une réalité dans certaines zones de notre pays et c’est très bien.

-  Aujourd’hui, quel bilan tirez vous de cette expérience ?

On a bien fait de franchir le pas. On a choisi d’être paysans, mais d’autres voies sont possibles : artisans, autarcie, vie en communauté, vivre du RMI et cultiver son potager (l’argent de l’Etat est mieux utilisé à aider les nôtres à gratter la terre que de soutenir les autres à faire des gosses et trafiquer).

On pense enfin vivre en cohérence avec notre idéologie, on a le sentiment de construire quelque chose pour nos enfants, d’être en marge de la société des « argentiers ». Mais il nous manque une chose : d’être plus nombreux, ici ou ailleurs, à faire une démarche similaire. On a lutté des années les triques ou les balais de colle à la main, mais je pense que la lutte passe aussi par la reconstruction d’une société, aussi minime soit-elle, en marge de ce monstre hideux qui nous broie et broie nos identités.

- Que répondez-vous à ceux qui prétendent que le « néo-ruralisme » est anti-politique et qu’il représente une forme de « fuite » ?

Le ruralisme est apolitique car étymologiquement, la politique c’est l’organisation de la cité. L’espace rural est loin de ce monde de béton, déshumanisé, sans verticalité, cette fourmilière collectiviste sans âme qu’on appelle la ville. Plus sérieusement, l’avenir nous dira qui avait raison. Le monde rural est à reconquérir, sans doute plus que la ville. La population y est encore monochrome mais elle est abrutie par la télé, comme en ville. Par contre, le déracinement n’est pas total et l’ethno-masochisme beaucoup plus superficiel. Un travail est possible, notamment sur les gamins.

Aussi, la fuite sera peut-être d’avoir continué une vie au rythme de métro, boulot, dodo, avec la peur du licenciement, la soif de la promotion, de la reconnaissance sociale, le confort du petit studio chauffé, du supermarché bien achalandé, où les traditions et coutumes (pour lesquels nous sommes censés nous battre) seront devenues dans le meilleur des cas une fête de l’identité et dans le pire un match de foot pendant lequel nous cartonnons le blanc d’en face parce que ses « suédois » courent plus vite que les nôtres.

- Quels sont désormais vos objectifs à moyen et long terme ?

Notre activité purement agricole est bien en place. Mais il faut absolument que l’on soit plus auto-suffisant au niveau des légumes, c’est pourquoi nous allons développer notre potager. C’était l’un des objectifs de notre retour à la terre.

Ensuite, la crise aidant, nous souhaitons soutenir ceux qui veulent changer de vie et suivre la même voie que nous. Nous conseillons ceux qui sont motivés de prendre contact avec l’association identi-terre qui se propose de former ceux des nôtres qui veulent repartir à la terre. Son adresse est identiterre@gmail.com.

A long terme, nous voulons retravailler le plus possible avec les animaux pour labourer, sortir du bois ou faire les foins. Nous sommes résolument opposés à cette religion du progrès qui, sous prétexte d’améliorer notre condition, déstructure tout, rompt les liens sociaux, fait exploser la cellule familiale et nous rend de plus en plus passifs quand ce n’est pas plus malades et dégénérés.

Produire notre énergie (refusant la folie que sont le nucléaire et ses déchets !), rendre plus rustique et plus saine notre descendance, de moins en moins dépendre du système économique, tels sont nos objectifs à plus long terme. Mais ils ne peuvent être approchés que si nous sommes plus nombreux à relever le défi et à décider, une fois pour toute, de Vivre selon notre éthique, nos idéaux plutôt que d’attendre un hypothétique grand soir en refaisant le monde à longueur de temps et en n’étant que les esclaves d’un système qui est  notre ennemi. Seul, il est difficile de tout réaliser, mais à plusieurs, même dans un périmètre d’une centaine de kilomètres on est beaucoup plus efficace.

- Un mot de conclusion ?

De plus en plus des nôtres parlent du retour à la terre. R&A, Terre et Peuple ont consacré un de leurs derniers numéros en partie à ce sujet, la Desouchière est dans de nombreuses discussions. Aujourd’hui, que ceux qui veulent agir et franchir le pas, le fassent, certains seront là pour les épauler (écrivez à . Et que les autres arrêtent d’en parler. Les gauches, moins bourgeois franchiront le pas à leur place. Qu’ils retournent à leurs occupations en attendant la vieillesse et la mort !

Source : http://zentropa.splinder.com/post/22606419/une-experience-de-neo-ruralite–entretien-avec-philippe-montmeas-paysan

La Kabylie cherche sa voie vers l’autonomie

Thursday, April 22nd, 2010

Mots clés : autonomie, gouvernement provisoire, Printemps berbère, Algérie, Kabylie, Ferhat Mehenni

Par Arezki Aït-Larbi
21/04/2010 | Mise à jour : 21:52
Réactions (27)

Ferhat Mehenni, président du mouvement pour l'autonomie de la  Kabylie (MAK) présente son mouvement, le 8 août 2009 à Corte.
Ferhat Mehenni, président du mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) présente son mouvement, le 8 août 2009 à Corte.

Trente ans après le «Printemps berbère», un gouvernement provisoire en exil est créé.

La Kabylie, a renoué avec les démonstrations de rue pour commémorer le 30e anniversaire du «Printemps berbère».

Le 10 mars 1980, l’interdiction d’une conférence de l’écrivain Mouloud Mammeri sur la «poésie kabyle ancienne» avait mis le feu aux poudres. Dès le lendemain, les étudiants descendaient dans la rue pour dénoncer l’oppression frappant la langue et l’identité berbères, et revendiquer le respect des libertés. Une première dans l’Algérie indépendante muselée par le régime du parti unique; face à l’idéologie officielle, le «socialisme arabo-islamique», l’insurrection citoyenne risquait de s’écraser contre un cocktail d’autoritarisme soviétique et de despotisme oriental.

Le 20 avril 1980, à 5 heures du matin, la police intervient violemment pour déloger les étudiants des campus occupés. Le bilan se chiffre en centaines de blessés et en dizaines d’arrestations. Solidaire, la population dresse des barricades et toute la Kabylie s’embrase pendant quatre jours.

Ce «Printemps berbère», qui a vaincu la peur, sera le prélude à une série de soulèvements sporadiques dans plusieurs régions d’Algérie, qui culmineront avec les événements sanglants d’octobre 1988.

Durant la guerre civile des années 1990, la Kabylie résiste sur deux fronts. Hostile au pouvoir autoritaire comme aux islamistes, elle réussit à sauvegarder quelques espaces de liberté. Une nouvelle provocation mettra un terme à cette posture singulière. Un lycéen, tué le 18 avril 2001 d’une rafale de Kalachnikov dans une brigade de gendarmerie, plonge la région dans le chaos. 126 morts, des centaines de blessés, handicapés à vie. Un fleuve de sang sépare désormais la Kabylie du pouvoir central.

Livrée à l’insécurité, au terrorisme et à la délinquance, la région rebelle, devenue un territoire de non-droit, est réduite à l’impuissance.

Un nouveau pas

Mardi, dans les rues de Tizi-Ouzou, les grandes foules, sans doute revenues de leurs illusions, n’étaient pas au rendez-vous. À peine quelques milliers de manifestants ont entendu l’appel du Rassemblement pour la culture et la démocratie, mais surtout du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie. Créé en juin 2001, le MAK répond aux frustrations d’une jeunesse sans repères, qui croit de moins en moins au combat pacifique de ses aînés dans le cadre d’une «Algérie, une et indivisible». Dans un climat politique délétère marqué par des manipulations multiformes, il n’est pas toujours facile de distinguer la passion militante des uns, des provocations policières des autres, qui poussent aux dérapages.

Le président du MAK, Ferhat Mehenni, chanteur engagé et militant de la cause berbère depuis les années 1970, a brisé bien des tabous. Mercredi, lors d’une conférence de presse à Paris, il a franchi un nouveau pas: «J’annonce solennellement la création d’un gouvernement provisoire kabyle (GPK). Il aura pour mission de mettre en place les institutions officielles de la Kabylie, et de représenter celle-ci auprès de la communauté internationale. Il durera jusqu’à la reconnaissance officielle de la Kabylie en tant que peuple et en tant que nation par l’État algérien.»

Ce «gouvernement provisoire», dont les «ministres» ne sont pas encore désignés, est loin de faire l’unanimité en Kabylie, y compris dans les milieux autonomistes. Si personne ne remet en cause l’intégrité de Ferhat Mehenni, exilé depuis avril 2009 après un mandat d’arrêt, nombre de militants Kabyles s’interrogent sur les objectifs de son entourage qui semble très influent. Certains de ses conseillers, prompts à la surenchère, travailleraient, dit-on, pour les services algériens, qui tentent d’instrumentaliser ainsi la région dans les jeux claniques du sérail.

Révélations

Wednesday, April 21st, 2010

Le passé trouble d’Edouard Leclerc pendant l’Occupation

Par Boris Thiolay, publié le 20/04/2010 à 17:02

Edouard Leclerc accueille les clients derrière le comptoir lors de  l'inauguration du premier centre Leclerc ouvert en région parisienne,  le 17 novembre 1959 à Issy-les-Moulineaux.

AFP

Edouard Leclerc accueille les clients derrière le comptoir lors de l’inauguration du premier centre Leclerc ouvert en région parisienne, le 17 novembre 1959 à Issy-les-Moulineaux.

Soupçonné d’avoir dénoncé des résistants en 1944, en Bretagne, le fondateur du groupe de grande distribution fut emprisonné pendant six mois après la Libération. L’Express dévoile des documents montrant sa proximité avec une unité allemande de sinistre mémoire. Révélations.

Une belle cérémonie, en présence de responsables politiques et de personnalités du monde économique. Le 14 décembre dernier, à l’Elysée, Nicolas Sarkozy remettait les insignes de chevalier de la Légion d’honneur à Edouard Leclerc, le fondateur du groupe de grande distribution, ainsi qu’à son épouse, Hélène. Cette décoration intervenait à l’occasion du soixantième anniversaire de l’ouverture de la première boutique de “l’épicier de Landerneau”, devenue entre-temps la première enseigne de France, avec un chiffre d’affaires de 29,4 milliards d’euros en 2009.

Aujourd’hui, la remise de la rosette à cet homme de 83 ans suscite des interrogations. Et une indignation sourde parmi les associations d’anciens combattants et les connaisseurs de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale dans le Finistère. Car, depuis soixante-six ans, un bruit - un chuchotement, plutôt - hante les rues de Landerneau (14 900 habitants) : “Edouard a collaboré”, “Leclerc aurait donné des gens”…

Le 5 mars, la famille de François Pengam - un résistant de 19 ans dénoncé, arrêté, torturé puis fusillé par les Allemands le 27 mai 1944 - a adressé un courrier à la chancellerie de la Légion d’honneur pour exprimer “son profond désarroi” à la suite de la cérémonie de l’Elysée. Dans cette lettre, elle rappelle deux points importants.

La Cour de Justice du Finistère déclare Edouard Leclerc

DR

La Cour de Justice du Finistère déclare Edouard Leclerc “irresponsable de ses actes” en février 1945. Cliquez ici pour voir le document en grand.

“Examiné au point de vue mental”, il bénéficie d’un non-lieu

D’abord, le fait qu’Edouard Leclerc “fut incarcéré plusieurs mois [après la Libération] pour atteinte à la sécurité extérieure de l’Etat”. Ensuite, le fait que “le père de François Pengam, voulant connaître l’issue de la procédure engagée contre Edouard Leclerc”, fut informé par le procureur de la République, dans une lettre du 19 février 1945, que le suspect avait bénéficié d’un non-lieu. Avec l’explication suivante : “Examiné au point de vue mental, il a été reconnu irresponsable de ses actes.” Sans porter d’accusations contre l’inventeur de la grande distribution, la famille Pengam se demande si “la justice a véritablement fait la lumière sur ses agissements pendant la guerre”.

Déclaré “irresponsable” en février 1945

Dans Ma vie pour un combat. Stop à l’inflation, son livre autobiographique paru en 1974, Edouard Leclerc expliquait avoir été lavé des accusations de délation qui l’avaient visé à la Libération. “Grâce à un travail d’archives, on s’est aperçu que je n’en étais pas l’auteur”, écrivait-il. En réalité, Edouard Leclerc a été relâché sans être jugé. En février 1945, il a bénéficié d’un non-lieu, après avoir été “examiné au point de vue mental” et déclaré “irresponsable de ses actes”. Il a en fait obtenu un certificat médical de complaisance, grâce à un ami de son propre père. Cet homme, qui organisait l’aide alimentaire à la population de Brest, a fait jouer ses relations auprès du comité départemental de libération du Finistère, afin de soustraire Edouard Leclerc à un procès.

Exhumé par un journaliste rennais, Bertrand Gobin, le document évoquant l’”irresponsabilité” d’Edouard Leclerc a ravivé le doute. Mais d’autres archives, révélées ici par L’Express, apportent des précisions inédites sur son attitude pendant l’Occupation. Et éclairent la manière dont il a parfois récrit sa propre histoire au fil des décennies…

Pour bien mesurer le poids de ce passé à Landerneau, il faut d’abord revenir aux années 1970. A l’époque, le Cidunati, un syndicat de petits commerçants, diffuse des tracts accusant Leclerc, la célébrité locale, d’avoir “vendu des patriotes” en 1944. L’intéressé engage des poursuites en diffamation et obtient la condamnation de ses détracteurs. Il profite aussi de son autobiographie, Ma vie pour un combat. Stop à l’inflation (Belfond, 1974), pour relater, à sa façon, les faits reprochés.

Dans cet ouvrage où il minore son âge - il avait 17 ans et demi en avril 1944, et non 16 ans, comme il l’écrit - l’entrepreneur reconnaît ainsi avoir été arrêté après la Libération, puis “incarcéré pendant six mois”. Il évoque même le motif de cette arrestation : ses relations avec un sous-officier allemand, Herbert Schaad. Leclerc précise qu’il se rendait “assez fréquemment” à la Kommandantur de Landerneau pour “porter des colis” à deux de ses frères, franciscains, “déportés à Dachau et à Buchenwald”. C’est ainsi qu’il aurait fait la connaissance de Schaad, avec lequel, assure-t-il, ses conversations ne “quittèrent jamais le terrain de la banalité”.

Dans ce livre, il écrit également à propos de ce même Schaad: “Je n’ai su que par la suite [après la guerre] qu’il avait commis des actes de répression contre des groupes de résistants ou de maquisards.” C’est pourtant la fréquentation de cet Allemand qui lui a valu d’être soupçonné d’avoir dénoncé un ou plusieurs résistants.

Le Kommando de Landernau traque les résistants

Qui était donc ce sous-officier dont il assure aujourd’hui encore “ne pas connaître la carrière” ? D’abord interprète à la Kommandantur, Herbert Schaad devient le responsable des opérations du sinistre Kommando IC 343 de Landerneau, créé en avril 1944 et dirigé par le lieutenant Krüger. Cette unité d’une vingtaine d’hommes n’appartient pas à la Gestapo, mais ses méthodes n’ont rien à lui envier. “Sa mission spécifique était de traquer les résistants et de les éliminer, éventuellement de les arrêter pour les faire parler”, confirme un historien spécialiste de la collaboration en Bretagne.

Schaad, qui parle parfaitement le français, s’appuie sur une douzaine de collaborateurs, dont certains seront condamnés à mort après la guerre, et des indicateurs locaux. Entre avril et août 1944, les hommes de son groupe sèment la terreur dans les maquis bretons, tuant, torturant ou livrant au peloton d’exécution plusieurs dizaines de personnes. Les résistants sont “cuisinés” au siège du Kommando, le manoir de Colleville, une maison de deux étages construite au XVIIIe siècle, en plein centre de Landerneau. “Aucun habitant ne pouvait ignorer ce qui s’y passait”, estime le même historien.

Le 21 mai 1944, dans la nuit, le Kommando arrête six jeunes, membres du patronage catholique des Gars d’Arvor. Parmi eux, François Pengam, qui appartient aussi à un groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP). Quelques heures plus tôt, cette nuit de printemps, son père, qui travaille à l’Office central (une coopérative) et porte le même prénom, a également été arrêté - peut-être du fait de cette homonymie - et libéré peu après. Tous les jeunes du patronage seront relâchés. A une exception : le fils Pengam, fusillé six jours plus tard.

Quel rôle a pu jouer Edouard Leclerc à Landerneau durant cette période terrible ? Etait-il trop bavard, ou trop naïf pour ne pas comprendre ce que faisaient Schaad et ses sbires ? A-t-il, par ses fréquentations, mis le doigt dans un engrenage dont il ne pouvait plus s’extirper ? L’essentiel de la réponse se trouve dans des documents inédits, dont L’Express publie des extraits.

En septembre 1944, Edouard Leclerc est arrêté

Procès-verbal de l'audition d'Edouard Leclerc en septembre 1944.  Pour agrandir le document, cliquez ici.

DR

Procès-verbal de l’audition d’Edouard Leclerc en septembre 1944. Pour agrandir le document, cliquez ici.

Le plus important d’entre eux est un procès-verbal d’audition d’Edouard Leclerc par un responsable de la Résistance, à Landerneau. Après la Libération, le jeune Edouard est en effet arrêté le 3 septembre 1944, par Jean Sizorn, chef du groupe FTP auquel appartenait le fils Pengam. A plusieurs reprises, le “suspect” est interrogé par les services de renseignement de la Résistance. Dans le PV de sa première audition, le 4 septembre, il indique que ses “relations avec Schaad […] remontent à cinq mois environ”, ce qui correspond à la date de création du Kommando. Tout en minimisant les faits, il admet, noir sur blanc, avoir “donné” plusieurs noms d’habitants de Landerneau. “J’ai été questionné par Schaad […], précise-t-il, je lui ai donné la liste des chefs directeurs de l’Office central, parmi lesquels se trouvaient Messieurs H…, B…, Pengam, L…”.

Dans la suite de sa déposition, il avoue également : “Par mes paroles imprudentes, je reconnais que Le L… du patronage a été arrêté sur mes informations à Schaad. Il fut relâché un jour après.” Leclerc confesse encore, entre autres choses, avoir “signalé un Espagnol […] qui était supposé communiste. Cet individu ne fut pas relâché mais il devait rester persona grata (sic) à la Gestapo”. Pour sa défense, Edouard Leclerc affirme avoir fait libérer plusieurs personnes arrêtées par les Allemands ; ce qui dénoterait, pour un mineur, une étonnante influence auprès de l’occupant.

Un dossier classé sans suite

En conclusion, il résume ainsi ses actes: “J’ai, pendant cinq mois, louvoyé avec Schaad, dont je ne pouvais me débarrasser.” Aucun doute: la déposition est signée E. Leclerc. Et l’on est bien loin de son récit autobiographique… Lui aurait-on extorqué ces aveux par la violence? En 1974, dans l’ouvrage précité, Edouard Leclerc écrivait : “Mes gardiens ont été extrêmement gentils avec moi […] C’était vraiment folklorique.”

Un autre document, daté cette fois de la fin d’octobre 1944, montre qu’il est détenu à Landerneau, en compagnie de plusieurs membres du Kommando, dont Herbert Schaad en personne. Accusé “d’atteinte à la sécurité extérieure de l’Etat”, le jeune Breton est ensuite transféré, toujours avec eux, à Quimper, afin d’être jugé, comme le relate le journal Le Télégramme de Brest et de l’Ouest, dans son édition du 28 novembre 1944. Il a encore été détenu près de quatre mois aux côtés de Herbert Schaad, avec qui “il a beaucoup discuté”, comme il l’a d’ailleurs précisé, plus tard, dans son livre. Et cela, jusqu’au classement sans suite du dossier, en février 1945.

Sollicité sur toute cette affaire, Edouard Leclerc n’a pas souhaité recevoir L’Express, mais il a accepté de s’expliquer au téléphone. “Ces choses sont tellement lointaines. A l’époque, on a accusé faussement, on a confondu les gens, répète-t-il. Tout ceci a été classé, parce qu’il n’y avait rien dans le dossier.” Aujourd’hui, il est la seule personne habilitée à demander l’ouverture de son dossier datant des années 1944 et 1945.

François Pengam, pour mémoire

Où repose François Pengam, ce résistant de 19 ans, qui fut dénoncé, arrêté le 21 mai 1944 à Landerneau, puis fusillé six jours plus tard ? C’est l’une des zones d’ombre qu’espère éclaircir, grâce à son site Internet, la famille du jeune homme. Engagé dans la Résistance dès novembre 1942, “Francic”, comme on le surnommait, intègre rapidement un groupe de choc FTP (Francs-tireurs et partisans). A son actif : opérations de sabotage, distributions de tracts, renseignement. En mai 1944, il est pris par le Kommando de Landerneau, spécialisé dans la traque des maquisards. A la Libération, son père se démènera sans compter pour confondre les responsables. En vain, même s’il avait des soupçons. Aujourd’hui, “sans esprit de revanche”, sa famille souhaite “honorer la mémoire” de ce jeune homme qui reçut à titre posthume la croix de guerre avec palmes et la méd

La vérité des chiffres

Saturday, April 17th, 2010

L’UMP se demande ce qui l’a coupée de sa base ? Pour un criminologue, c’est clair : la sempiternelle culture de l’excuse selon laquelle les bandits sont d’abord les victimes de drames sociaux – précarité, misère, exclusion, racisme – que seuls le travail social et l’assistance résorberont.

Sur la sécurité, les dirigeants de l’UMP ont adhéré, comme la gauche, à un discours bourgeois bohème qui exaspère leur électorat, frappé par la crise et l’insécurité. Ce credo, qui consiste à vanter la “diversité” à des familles dont les enfants tremblent à l’école tout en expliquant aux mêmes qu’il n’existe pas de nation française, juste une sorte d’hospice où, à notre grande joie, accourent des errants venus de partout, n’est pas seulement choquant. Il est contredit par les faits, que mettent en lumière trois rapports récents.

Intitulé “Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural”, le premier rapport émane de l’Inspection générale des affaires sociales et du Conseil général de l’agriculture. Il révèle – ce que taisent volontiers les bien-pensants – qu’en France,la vraie misère se trouve à la campagne. Un “espace rural” ( 60% du territoire, 18% de la population, 11millions d’habitants) que le rapport qualifie cruellement de « véritables territoires de relégation » : un « taux de pauvreté rurale supérieur à celui des zones urbaines », avec « surreprésentation des ménages et couples jeunes, pauvres avec enfants » ; une surreprésentation des ouvriers (32 %) et des employés (27%) ; une pauvreté moyenne (13,7 %) supérieure à celle des espaces urbains (11,3 %) – dans un tiers des départements ruraux, ce taux atteint 19% !

Les prestations sociales des ménages pauvres de l’espace rural ? « En dépit d’une pauvreté plus fréquente […], la part des prestations sociales dans leurs revenus est moins élevée [que pour les ménages pauvres urbains] ». Les logements ? Une honte : « Les deux tiers de l’habitat indigne sur lequel opère une mission spécifique du ministère du Logement se trouvent en milieu rural. » La santé ? Dans l’espace rural, « la prévention est difficile et les services de soins souvent insuffisants ».
Enfin,cette comparaison (de 2004) révélatrice entre le taux de pauvreté en Seine-Saint- Denis,18%, et dans la Creuse, 19,5% !

Deuxième rapport, celui de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (2009-2010). On y lit que la crise a « une ampleur inédite en France. […] La récession actuelle en Europe est la plus forte et la plus longue depuis 1945 ». Ainsi, selon la “culture de l’excuse” pour laquelle misère égale crime, l’espace rural devrait être ravagé par un ouragan criminel – or c’est le contraire !
Lisons “Criminalité et délinquance enregistrées en 2009”, rapport de l’Observatoire national de la délinquance. Violences physiques crapuleuses : Seine-Saint-Denis, 8,3‰ ; Creuse : 0,1. Vols : Seine-Saint-Denis, 48,5‰; Creuse, 7,6. Etc.

En outre, la misère rurale est digne : plus un département est pauvre et rural (Creuse, Cantal), plus il est honnête ! Ainsi donc, pourquoi cette exubérance criminelle dans des secteurs urbanisés, moins précarisés que les ruraux ? Pourquoi la misère sans policiers abattus, sans voitures brûlées, sans bandes armées, sans braquages ni pillages, de l’espace rural ?

Cette question cruciale de l’essence même de la criminalité violente en France est d’évidence celle à résoudre. Faute de quoi, à force de propos bienséants ou provocants, l’UMP verra l’actuelle froideur électorale virer au divorce.

Xavier Raufer est criminologue.  (Valeurs Actuelles)

La Bretagne cherche un nouveau modèle agricole

Tuesday, April 13th, 2010

Le Zoopôle de Ploufragan (Côte-d’Armor) apporte sa pierre au débat avec six conférences en 2010 (1). La première s’est déroulée le 9 avril.

Rattrapée par le doute. Première Région agricole française, bastion agroalimentaire à l’échelle européenne, la Bretagne marque le pas en ce début de XXIe siècle. Concurrencée par d’autres bassins de production, rattrapée par la crise économique et les problèmes environnementaux, elle doute et cherche à tracer une nouvelle voie. D’où l’idée des six rencontres en 2010 pour dessiner les contours d’un nouveau modèle agricole. Organisées par le Zoopôle de Ploufragan, elles réunissent des chercheurs de l’Inra, les Chambres d’agriculture et des acteurs de la société civile comme la Cooperl et l’association Eau et Rivières réunis, une fois n’est pas coutume, dans la même liste de partenaires.

Coup d’oeil dans le rétroviseur. Rien ne vaut un petit retour en arrière avant d’ouvrir le chantier du futur. Le sociologue Paul Houée et Gérard Maisse, de l’Inra de Rennes, se sont prêtés à l’exercice avant de laisser la parole à deux grands témoins : Jean Salmon, président de l’association TerreEthique et André Pochon, fondateur du Cedapa (Centre d’études pour un développement agricole plus autonome).

« Au début des années 1950, l’agriculture employait plus de la moitié de la population active en Bretagne dans 200 000 exploitations, rappelle Paul Houée. C’était une économie de subsistance avec peu de capitaux. » Et puis l’heure du branle-bas a sonné. « Les filières se sont développées en remettant à plus tard la solution aux problèmes d’environnement et de surproduction. »

La Bretagne pèse plus de 60 % de la production porcine hexagonale, 40 % des oeufs, 35 % de la volaille « mais elle ne se classe qu’au 21e rang au niveau des revenus des actifs agricoles, juste devant la Corse, lanterne rouge, retient Gérard Maisse. Il trace des pistes autour « d’une agriculture écologique intensive, de productions liées aux territoires et du développement de signes de qualité ».

« Voir, juger, agir ». Jean Salmon reprend à son compte le slogan de la Jac (Jeunesse agricole chrétienne) des 1950. « Il n’a jamais été aussi pertinent qu’aujourd’hui, explique-t-il. Les agriculteurs devront être capables d’analyser et de s’adapter car la production agricole ne s’imposera plus aux écosystèmes comme avant mais ce sera exactement l’inverse ». Pour André Pochon, « il faut d’abord former les formateurs à d’autres modes de productions et ne plus ronronner le discours du modèle dominant ».

Jean-Paul LOUÉDOC.
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