Archive for June, 2009

Combats pour une Bretagne catholique et rurale

Saturday, June 27th, 2009

Dans une région fortement marquée par la persistance des affrontements entre les « blancs » et les « bleus », les droites bretonnes sont majoritairement l’expression d’un monde catholique farouchement attaché à préserver son identité face à un modèle républicain récusé. Solidement appuyées sur l’influence conjointe du clergé et de l’aristocratie rurale, elles mènent des combats qui se déroulent sur le plan électoral comme dans la défense d’une société traditionnelle consacrant le pouvoir des autorités « naturelles ».

L’analyse minutieuse des ressorts et des modalités de cette entreprise souligne l’importance des engagements sur le terrain de l’école et du syndicalisme agricole et rappelle l’ampleur de la mobilisation catholique contre le Cartel des gauches. Entre tentation du repli et tentative de reconquête, entre sentiment obsidional et investissement d’une certaine modernité, les crispations identitaires du catholicisme breton s’observent alors avec force. L’intensité des affrontements internes au sein des droites bretonnes entre conservateurs, longtemps soutenus par l’épiscopat, et démocrates-chrétiens derrière L’Ouest-Éclair attestent cependant la diversité des projets politiques proposés aux populations catholiques.

Dans ces combats, les campagnes sont un enjeu majeur au moment où leur stabilité est remise en cause par les répercussions de la Grande Guerre puis par la crise économique. L’étude, à l’échelle d’une fraction cohérente de l’espace national, des dynamiques socio-politiques que révèlent le mouvement des « cultivateurs-cultivants » et l’action du leader paysan Dorgères, fait apparaître avec netteté la place croissante de la paysannerie dans la vie politique française.

Démocratie en Iran

Tuesday, June 16th, 2009

Emeutes à Téhéran

Des milliers de jeunes sont descendus dans la rue de Téhéran, ce week-end, pour contester les résultats du scrutin présidentiel et la victoire de Mahmoud Ahmadinejad. Retour en images sur les affrontements violents avec les forces de l’ordre.

http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/mo…

BAYROU, UN ANGE VENU DE L’ENFER

Thursday, June 4th, 2009

Il convient d’apporter des précisions à un précédent communiqué pourtant très lapidaire qui concernait le président du Modem dont on peut raisonnablement penser qu’il n’est pas Salman Rushdie. Démontrer qu’il est jacobin n’est pas une difficulté insurmontable.

Dans le programme du Modem pour les élections européennes, on peut lire : La construction européenne n’a jamais eu pour objet de faire disparaître les Etats-nations ni les cultures régionales.

François Bayrou fait référence à la France en tant qu’Etat-nation de tradition jacobine. (On appellera jacobinisme la variante française du centralisme d’Etat)

En s’opposant à la création d’un département basque, il a affirmé son hostilité à toute évolution institutionnelle. Voici ce qu’en dit Thomas Pierre doctorant en anthropologie, LAIOS-EHESS-Paris :

« Dans un numéro hors-série de la revue Atlantica Magazine hors série n°1, Hiver 1999 - Printemps 2000, financée par le Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, François Bayrou, écrit : « Ce que j’ai toujours admiré chez le Basque, c’est la force de sa foi absolue dans le domaine religieux et politique. Il y a chez lui un aspect granitique. Pour lui, les choix sont tranchés : blanc ou noir. Le Basque est toujours prêt à aller au bout de son combat. Le Béarnais est, lui, souvent sceptique, comme s’il savait que toute médaille a son revers. L’ironie est chez lui une seconde nature, comme une sorte de politesse. Son intelligence est ennemie des certitudes. Il y a, chez les Béarnais, une manière de s’engager qui ne laisse jamais de doute sur leur sentiment. Je suis un peu comme cela. Mais, dans ma famille, heureusement nous savons mélanger les genres. Si je suis un pur produit du Béarn, ma femme est née à Bayonne d’une vieille famille boucalaise avec des racines à Bidaches, à Hasparren, à Saint-Péesur- Nivelle. Nos enfants sont vraiment basco-béarnais ! C’est peut-être pourquoi j’aime tant les Pyrénées-Atlantiques »

L’argumentaire de ce texte suggère que l’identité basque ou béarnaise, et en filigrane l’identité dite régionale en général, correspond à des traits de caractères prédéfinis, à une condition culturelle intemporelle « ethnique » puisque strictement pensée comme un élément du passé. Cette position permet de montrer que la basquité ne peut être par nature que singulière et donc étrangère à la sphère du politique. En ce sens, elle est forcément pensée, dans le cas où elle se voudrait politique, comme « ethniciste » et en compétition avec l’identité citoyenne française considérée, elle, a contrario, du fait de sa condition nationale comme apte à l’évolution, à la pluralité. Ce numéro hors-série de la revue Atlantica Magazine est publié quelques semaines après la manifestation du 9 octobre 1999, en faveur du Département Pays Basque. La composition de ce numéro hors série apparaît en effet comme une réponse à la revendication départementaliste. En conséquence, on ne peut comprendre le ton de ce texte militant que si l’on prend en compte le fait qu’il s’inscrit dans ce contexte et qu’il a recours à l’usage de la distinction hiérarchisante entre culture régionale et nationale de manière à démontrer le caractère irréaliste des revendications du mouvement départementaliste. Par ailleurs, la référence à l’origine tient un rôle particulièrement important au sein de cette dialectique. Effectivement, l’utilisation des termes ou expressions « pur produit du Béarn », « née », « vieille famille », « racines » permet de confirmer le caractère par nature essentialiste de l’identité

culturelle locale.

Enfin, François Bayrou, président du Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques, en conclut que ses « enfants sont vraiment basco-béarnais » : il considère donc ici les caractéristiques de la filiation comme étant les garants d’une équivalence de traits culturels, et participe donc clairement d’une vision « ethniciste » du monde.

L’effet central de cette idéologie est que s’instaure une hiérarchisation des cultures. Deux catégories apparaissent alors :

- La culture française est perçue comme apte à créer du politique. C’est une culture démocratique. Le fait qu’elle soit démocratique la rend, dans un contexte de forte croyance en la race - ou autrement dit, en référence au présupposé mythique d’une équivalence inconditionnelle entre traits de « nature » et faits de culture - apte au « métissage ». Tout le monde peut être français. En contre partie, cette faculté est parfois vécue comme ayant pour conséquence de rendre ce qui est pensé comme relevant de la culture française comme faible, comme peu culturel mais de « Culture » politique très forte. L’idée de citoyenneté française, et en filigrane d’identité française, est perçue comme compatible avec la diversité culturelle.

- La culture basque est perçue, dans le cas où l’on admet qu’elle soit une culture, comme intrinsèquement non-apte à s’inscrire dans un cadre politique, comme par nature incompatible avec le champ politique de la citoyenneté. Le fait qu’elle soit pensée comme régionale, folklorique, bio-raciale et intemporelle suggère qu’elle est une culture forte donc pure, non apte au métissage. L’idée étant qu’en Pays basque, tout le monde ne peut pas être basque. Cela débouche sur l’idée qu’il serait tout à fait dangereux de la rendre politique. »

Nous souscrivons à cette analyse.

Les amoureux du terroir régional le confinent à la sphère privée, entre nostalgie et hobby, quand les fédéralistes inscrivent culture locale et singularité dans l’espace public. Le fédéralisme convoque le citoyen-décideur.

La crise a fait naître un anti-capitalisme d’inspiration romantique et religieuse qui nous entraîne vers une démocratie populiste. Le Modem utilise une idéologie caméléon qui rassemble indifféremment des sensibilités politiques diverses, contradictoires ou opposées, unies en résistance mais totalement incapables de conquérir des libertés.

C’est en ce sens que F. Bayrou constitue un véritable danger pour la Bretagne. Pour le Modem, la région n’a aucun pouvoir normatif. Elle existe dans une version folklorique, voire linguistique, sans questionnement du contenu, sans « politique ». Pour lui, la politique, c’est affaire de la France.

En se prononçant en faveur d’une consultation pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, François Bayrou ne s’engageait pas. Il ne se prononçait pas sur le périmètre de la consultation. (Population de la Loire-Atlantique, ainsi que celle de la région d’accueil et celle de la région quittée.) Il faut ajouter la décision du parlement et éventuellement celle du Conseil constitutionnel….Le président du Modem faisait silence sur l’essentiel, mais il vendait des illusions.

L’Etat-nation est mis à mal par la mise en œuvre de capacités d’action politique à un niveau supranational mais aussi par les entités infra-étatiques. La forme statonationale ne va plus permettre le formatage de l’intégration sociale autrefois structurée autour de dispositifs linguistique, esthétique et éthique.

On assiste à une universalisation de la différence, à un cosmopolitisme vernaculaire.

Soyons sérieux. Le ministre de Balladur et de Juppé n’a jamais brillé par ses réformes. Il a été un Jack Lang de droite, complaisant avec le mammouth et sa puissance syndicale monolithique. Il aura seulement créé une vive émotion après une tentative de réforme de la loi Falloux.

Qu’en serait-il d’un système éducatif basé sur l’autonomie des régions, comme en Allemagne ? Cette idée n’est point venue aux oreilles du ministre Bayrou ?

Le Modem vient de prendre position en faveur d’une directive-cadre sur les services publics en Europe rejoignant le PS et le NPA, alors que la majorité des partis de l’UE favorise une approche sectorielle du problème. Qui dit service public en France ou en Bretagne, entend effectifs et non mission, signifie statut dérogatoire. Le service public dans ce pays fait essentiellement écho à la puissance de l’Etat central et unitaire.

Dans son livre « Abus de pouvoir » F. Bayrou cite Ezechiel : «  Les parents mangeront des raisins verts et les dents des enfants en seront agacées ». Il ajoute « qu’il en est de même d’une nation ».

Etrangement la Bible dit exactement le contraire dans la bouche de Jérémie 31 :29 : «  En ces jours-là, on ne dira plus : les pères, eux, ont mangé le raisin vert, mais ce sont les dents des fils qui ont été agacées. Mais chacun paiera pour ses fautes. Tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents à lui, seront agacées. »

François Bayrou devrait savoir que par l’alliance noachique avec l’humanité entière Dieu a laissé le champ libre à la liberté des hommes. La Bretagne d’aujourd’hui ne porte pas la responsabilité du commerce triangulaire qui a enrichi la ville de Nantes pas plus qu’elle n’est coupable de la collaboration avec le nazisme de certains de ses fils. Elle doit seulement un devoir d’histoire, ce qui n’est pas rien.

Ce que fait F. Bayrou avec la France, certains le font avec la Bretagne. L’identité collective nous rendrait tous responsables. Il faut déjouer ce procédé en considérant qu’il n’est point d’identités, mais seulement des opérations d’identifications. Dit autrement, l’identité bretonne n’a pas d’existence propre ; elle n’existe pas indépendamment du locuteur et elle ne peut se manifester que par un acte d’énonciation. Entre les collaborationnistes et ceux qui ont rejoint l’île de Sein l’unité identitaire est introuvable. En pratique la construction identitaire est plus complexe et proche d’une mise en compatibilité de plusieurs niveaux d’appartenances : Breton, Français, Européen. Une construction cumulative.

Il est un mot dont nous refusons l’emploi en politique : le destin. La Bretagne n’a pas de destin, elle a un avenir.

A l’entrée « destin », le dictionnaire philosophique Lalande dit : « Proprement, puissance par laquelle certains événements seraient fixés d’avance quoi qu’l pût arriver, et quoi que les êtres doués d’intelligence et de volonté pussent faire en vue de les éviter » Ce terme est plus poétique que philosophique et constitue une sorte de personnification de la fatalité.

Que doit-on penser ?

Doit-on penser comme Simone Veil que “C’est un illuminé, il pense que le doigt de Dieu l’a touché lorsqu’il est né pour qu’il devienne un jour président de la République”. « Il ne pense qu’à lui et s’il devait être un jour Président ce serait dramatique ».

Que penser de Cohn-Bendit quand il dit : “Si Bayrou est un jour élu président de la République, ce qui est possible, j’ai déjà vu mon éditeur : je ferai un livre que j’intitulerai “Abus de pouvoir, tome 2. »

Jean-Marie Cavada a reproché au Président du Modem le manque de démocratie interne dans le parti. Bizarrement Bruno Joncour, maire de Saint Brieuc, copie son maître. Il accuse Alain Cadec, son premier adjoint, de crime de lèse-majesté et demande sa démission. Un élu UMP accusé d’infidélité par un maire Modem, voilà qui prête à sourire.

Que doit-on penser des entorses à la démocratie ?

Il est une définition de la société civile qui fait raisonnablement consensus. Celle de J.L Quermonne :

« La société civile est l’ensemble des rapports interindividuels, des structures familiales, sociales, économiques, culturelles, religieuses qui se déploient dans une société donnée, en dehors du cadre et de l’intervention de l’Etat ».

Dans les démocraties de l’OCDE un fonctionnaire, qui par définition est hors société civile, est soit interdit à toute candidature politique, soit il doit démissionner définitivement de la fonction publique en cas d’élection.

Quand un fonctionnaire quitte son bureau, il n’entre pas dans la société civile. Le fonctionnaire qu’il est sommeille toujours en lui. Il s’ensuit que l’action politique s’en trouverait polluée et totalement dénaturée par des individus qui seraient à la fois juge et partie.

Là encore F. Bayrou fait entorse aux principes basiques de la démocratie. Qu’il ne soit pas le seul ne justifie en rien ses procédés.

Le président du Modem utilise plus facilement la casuistique jésuite que la morale kantienne. Mais il aime donner l’image du contraire.

Breizh Fed

Des nouvelles de Bretagne

Monday, June 1st, 2009