Archive for November, 2008

14-18 : A la mémoire des 250 000 bretons morts pour la France

Wednesday, November 12th, 2008

par Marc Le Fur
Député des Côtes d’Armor
Vice-Président de l’Assemblée nationale

250 000 morts, pas une famille épargnée et ces noms qui s’égrènent sans fin sur le monument aux morts de chacune de nos communes ; un grand monument érigé à Sainte-Anne d’Auray qui recence chacun de ces hommes dans la fleur de l’âge, paroisse par paroisse, canton par canton dans cinq départements bretons. C’est aujourd’hui ce qui nous reste de cette immense tranchée dans l’histoire qu’est la première guerre mondiale.

Le 90ème anniversaire de l’armistice de 1918 est un des premiers anniversaires sans poilu. Il n’existe plus de témoin direct et c’est là que ce fait le passage de la mémoire à l’histoire. Pourquoi s’interdire une réflexion sur le poids de ce premier conflit mondial sur l’histoire de la Bretagne ?

Pour mieux comprendre l’importance de cette guerre pour la Bretagne, il faut revenir 44 ans en arrière. En 1870, alors que Paris est assiégé par les troupes du Roi de Prusse, Léon Gambetta préfère laisser l’armée de secours venue de l’Ouest pourrir dans le camp de Conly au Mans plutôt que de lui devoir la victoire. On préfère alors la défaite sans les bretons plutôt qu’une victoire qu’on leur devrait, ne serait-ce qu’en partie.

C’est à l’aune de l’affaire du camp de Conly en 1870, qu’on mesure l’importance que peut avoir la première guerre mondiale dans l’histoire bretonne et dans le regard que porte la Nation française sur le peuple breton. Non seulement, les Bretons ne se révoltent pas contre la République en guerre comme le feront les Irlandais face aux anglais en 1916 mais ils sont loyaux et constituent probablement les meilleurs troupes. Ces troupes sont si tenaces qu’elles sont souvent envoyées en première ligne, avec les Sénégalais et les Marocains. Ce fait provoquera de multiples polémiques plusieurs dizaines d’années plus tard mais il explique surtout le nombre de victimes bretonnes. En quatre ans, un mort sur six est breton[i]. 12% des pertes françaises sont bretonnes.

Il y a 90 ans, à la sortie de ce conflit inimaginable, certains Bretons pensent qu’après avoir payé le prix du sang à un tarif aussi élevé, la Nation française saura reconnaitre sa dette. C’est peine perdue. Il faudra attendre les marins de l’Ile de Sein et un conflit de plus pour que le Général de Gaulle soit sensibilisé à la question bretonne et pour qu’une fois de retour aux affaires, il engage la France dans la régionalisation.

90 ans après, la Bretagne, grâce à la régionalisation et à l’aménagement du territoire engagés par le général de Gaulle, est devenue l’un des moteurs économique et culturel de la Nation française. Il reste pourtant beaucoup à faire. Il faut mettre en cohérence les dimensions géographiques, historiques et administratives de la Bretagne, de Portsall à Clisson et de Pornic à Fougères. Il faut avancer dans la préservation et le développement des langues et cultures régionales en répétant inlassablement qu’il n’y a pas d’opposition entre notre identité bretonne et le fait d’être français. Dans les débats politiques qui seront les nôtres dans les moins à venir, sur notre organisation territoriale, sur nos langues régionales, breton et gallo, ayons à l’esprit ces poilus qui prononçaient leurs derniers mots en retrouvant leur langue maternelle au moment même où ils donnaient leur vie pour la mère patrie. Souvenons nous de celui qui fut sans doute l’un des plus grands d’entre eux : le poète Jean-Pierre Calloc’h, dit Bleimor, mort pour la France dans la boue au sud de Saint-Quentin, le 10 avril 1917, un mardi de Pâques, à 28 ans. Un an auparavant, il écrivait en breton :

Me zo er Gédour braz én é saù ar er hleu.
Goud e hran petra on ha me oér petra hran :
Iné Kornog, hé douar, hé merhed hag hé bleu,
Oll kened er bed é, en noz-man, e viran.

« Je suis le grand Veilleur debout sur la tranchée,
Je sais ce que je suis et je sais ce que je fais :
L’âme de l’ Occident, sa terre, ses filles et ses fleurs,
C’est toute la beauté du Monde que je garde cette nuit. »


[i] Gilbert LE GUEN, Histoire de la Bretagne, Privat, 1987, p. 490

Monday, November 10th, 2008

Président : Noël Stassinet Fay de Bretagne, le 9 Novembre 2008

Vice-président : Antoine Guillemot

Samedi 16 novembre 1793 - pistache 26 brumaire an II (calendrier révolutionnaire)

Carrier, Conventionnel élu en mission, du haut de la chaire du club Vincent La Montagne, annonce le début des Noyades de Nantes qui vont faire plus de cent victimes, essentiellement des prêtres, dans la soirée de cette journée. Elles marqueront le début d’un mode de mise à mort économique, propre et relativement silencieux de milliers de personnes de toutes conditions et origines sociales qui se poursuivra durant des mois, jusqu’à la chute de Robespierre. Lors de la même réunion Julien Minée évêque constitutionnel de Nantes abjure sa foi en Dieu et son engagement sacerdotal et épiscopal en rendant ses lettres de prêtrise. Renégat !

Dimanche 16 novembre 2008

215 ans moins quelques heures après, nous commémorons cet événement effacé des mémoires en tant que fondateur d’un système d’extermination d’une population essentiellement catholique dans l’indifférence nantaise, ce qui ne sera jamais reproché à la population de Nantes, à mettre en parallèle avec ce qui fut reproché à certaines populations d’Allemagne en 1945 ! Et la municipalité dans ses différents documents sur ce magnifique fleuve qui traverse Nantes n’évoque jamais quel rôle le délégué de la Convention, muni d’un mandat officiel, fit subir à la Loire et aux malheureux prisonniers.

Programme de la journée :

11 H 15 : Rendez-vous devant l’église Sainte Croix pour la messe de 11 H 30. A la fin de la messe, devant la chaire, la même, prononciation du discours de Carrier et de l’abjuration de Julien Minée. Le Père Patrice Eon, Vicaire Général, recteur de la paroisse, nous autorise cette évocation Historique. Regard sur le beffroi de l’église qui coiffait autrefois la tour du Bouffay

13 H : Déjeuner au restaurant chinois “Le Chinatown” place du Bouffay. Pourquoi déjeuner dans un restaurant chinois un tel jour ? Parce que le propriétaire des lieux nous fera visiter les caves de son établissement qui sont les restes émouvants de la prison du Bouffay d’où sont parties ces malheureuses victimes, lieux que peu de monde peut visiter.

15 H 30 : Jeté de gerbe dans la Loire à hauteur de la rue Lamoricière, et visite de l’extérieur du site de l’ancien entrepôt des cafés, prisons et mouroirs de ceux qui allaient être fusillés aux carrières de Gigant ou noyés en Loire. Nous irons nous recueillir sur le site des carrières de Gigant.

17 H : Fin de la commémoration. Pour ceux qui le veulent nous pourrons voir l’extérieur de la maison où la Duchesse de Berry fut arrêtée le 7 novembre 1832 avant d’être emprisonnée à Blaye.

Participation aux frais : 25 € comprenant le déjeuner et les frais de gerbe ; le trop perçu sera remboursé en fonction du nombre de participants.

Il nous faut être motivés pour, en nombre, honorer la mémoire de ces victimes catholiques de la barbarie révolutionnaire, “ Politiquement inassimilables” (Soboul, in Histoire de la Révolution Française 1993)

Pour Dieu.

Noël Stassinet président du Souvenir Chouan de Bretagne

Les militants bretons s’invitent à la gendarmerie

Sunday, November 9th, 2008

Le commandant de la compagnie de Guingamp, le capitaine Pascal Louis, est venu à la rencontre des militants bretons.  Le commandant de la compagnie de Guingamp, le capitaine Pascal Louis, est venu à la rencontre des militants bretons.

À Guingamp, ils étaient une trentaine à vouloir être entendus par les gendarmes. En soutien à leurs collègues Paskal, Kristian et Gaël.

« Indépendantistes bretons = présumés coupables », peut-on lire sur les tee-shirts blancs ou noirs des militants bretons. Les drapeaux Gwenn ha du, eux, claquent au vent. Une trentaine de militants bretons se sont rendus hier, à la gendarmerie de Guingamp avec la ferme volonté « d’être entendus par les gendarmes. Nous sommes militants bretons au même titre que nos trois collègues inculpés. On doit prendre notre déposition ».Car les membres du comité de soutien à Paskal, Kristian et Gaël, dont le procès en appel aura lieu le 17 novembre pour notamment l’attentat de Quévert (Côtes-d’Armor), estiment « qu’il s’agit d’un acharnement contre des défenseurs de la Bretagne. Il n’y a aucun élément nouveau par rapport au procès de mars 2004 qui s’était traduit par un acquittement. Mais, quatre ans après, on veut les condamnés ? Inacceptable ! »

L’un des représentants des militants a été reçu par le commandant de la brigade de Guingamp. Puis, le capitaine Pascal Louis, commandant de la compagnie de Guingamp est venu au-devant des manifestants agglutinés à l’accueil. Celui-ci fraîchement arrivé en Côtes-d’Armor a précisé qu’il est « ouvert au dialogue. J’ai voulu rencontrer tout le monde lors de ma prise de fonctions. Mais les représentants de la mouvance bretonne ne l’ont pas souhaité ».

Les échanges sont courtois mais fermes. « Il est 10 h 52. A 11 h, je fais évacuer », prévient le commandant. Flottement parmi les militants. Qui finissent par décider de partir. Quelques gendarmes les accompagnent en dehors de l’enceinte. En cortège, les manifestants prennent la direction du tribunal de grande instance. Deux affiches sont apposées sur les portes du bâtiment. Elles appellent à prendre part au rassemblement du 15 novembre, à 14 h 30, place du Parlement de Bretagne, à Rennes. Après quelques distributions de tracts aux automobilistes et sur le marché, les militants se retirent.

Patrick CROGUENNEC.

Ouest-France

Les immigrés sont-ils bienvenus en Bretagne ?

Saturday, November 8th, 2008

La question figure au coeur d’un colloque programmé aujourd’hui et demain à Rennes. Les résultats d’une étude inédite sur l’immigration en Bretagne y seront présentés.

Les Bretons, voyageurs impénitents, sont de grands migrants. « Est-ce que ça fait qu’on accueille mieux les étrangers en Bretagne qu’ailleurs ? On n’est pas encore tout à fait capable de répondre à ça », avoue Anne Morillon. Les historiens, documentalistes, journalistes, comédiens et artistes participants au colloque « Bretagne et migrations : Histoire(s) croisée(s) » qui démarre ce matin aux Champs Libres, à Rennes, ne trouveront certes pas la réponse en deux jours. N’empêche.

En croisant regards et expériences sur ce que les étrangers ont apporté à la Bretagne, ils nourriront « la synthèse de l’immigration étrangère en Bretagne du XIXe siècle à nos jours » que l’Acès (l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances) a commandé il y a plusieurs années à un groupe de sociologues rennais. Dont Anne Morillon. « Nous l’avons réalisé en étudiant la façon dont cette immigration s’est inscrite dans la mémoire collective des Bretons, précise la chercheuse. C’est ce qui en fait une démarche pionnière. »

« La Bretagne ne serait pas la même sans eux »

Comment la Bretagne, « terre de passage, terre de relégation, avec le bagne de Brest, et terre d’échange de savoirs » au XIXe siècle, s’est ouverte à l’immigration étrangère ? « Le phénomène a pris de l’ampleur à partir de la Première Guerre mondiale. En 1906, la Bretagne ne comptait que 2 616 étrangers, dont 47 % de Britanniques. » Réfugiés belges en 1914, réfugiés espagnols de 1936 à 1939, ont cédé la place à « une immigration de main-d’oeuvre appelée pour reconstruire la Bretagne » après la Seconde Guerre mondiale.

Et aujourd’hui ? 47 000 étrangers vivent en Bretagne. Les Britanniques sont toujours les plus nombreux (11 000), devant Marocains (6 000) et Portugais (5 000). On compte désormais autant d’hommes que de femmes parmi les nouveaux arrivants, « plutôt bien formés », note Anne Morillon. « Les télécommunications, par exemple, attirent des ingénieurs. D’autres secteurs de notre économie, comme le bâtiment, l’agroalimentaire ou les services, ne pourraient pas fonctionner sans travailleurs immigrés. La Bretagne ne serait pas la même sans eux. »

Stéphane VERNAY.

Pratique. Colloque organisé aux Champs Libres et à la Maison des associations de Rennes, cours des Alliés à Rennes, ce vendredi 7 et samedi 8 novembre. Ouvert à tout public. Gratuit. Programme complet sur le site www.histoirescroisees.fr

Celtes et Scandinaves. Rencontres artistiques (VIIe-XIIe siècles)

Thursday, November 6th, 2008
Paris, Musée national du Moyen Age, du 1er octobre 2008 au 12 janvier 2009

C’est dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne que le Musée national du Moyen Age propose une exposition consacrée à une séquence trop souvent négligée de l’Histoire européenne, la christianisation entre les VIIe et XIIe siècles du Nord-Ouest du continent telle que la révèlent sculptures, pièces d’orfèvrerie et enluminures provenant des collections irlandaises, galloises, écossaises, anglaises, danoises, suédoises et norvégiennes.

Près de quatre-vingt pièces ont été rassemblées pour rendre compte des mutations qui s’effectuèrent alors du fait des mouvements de population et de l’adhésion à la foi chrétienne de régions demeurées jusque-là attachées aux anciennes religions païennes. L’expansion du christianisme au-delà des limites du défunt Empire romain a contraint l’Eglise catholique à prendre en compte, à partir du Ve siècle, le nouvel espace culturel au sein duquel ses missionnaires vont être appelés à agir. Alors que l’Eglise a réussi à s’assurer le soutien de plusieurs monarchies barbares dont le meilleur exemple demeure le royaume franc de Clovis, elle doit compter, dans les îles britanniques, en Germanie ou, plus tard, en Scandinavie avec des pouvoirs politiques qui ne lui sont pas automatiquement acquis.

L’utilisation de l’art comme vecteur d’intégration culturelle et religieuse va dès lors constituer un moyen privilégié pour gagner les esprits et les âmes à la foi nouvelle en réalisant temporairement, si nécessaire, les syncrétismes indispensables. C’est un éclairage porté sur ce processus bien particulier d’acculturation que nous offre l’exposition du musée de Cluny, loin d’une présentation à vocation exhaustive de l’art et de l’archéologie des mondes britannique et scandinave durant les siècles obscurs du Haut Moyen Age.

Christianisée très tôt, l’Irlande, qui n’a pourtant jamais fait partie de l’espace dominé par Rome, va apparaître comme un véritable laboratoire de formes nouvelles combinant l’exploitation de thèmes chrétiens avec des sources esthétiques purement autochtones. Evangélisée par saint Patrick, « l’île des saints et des savants » va produire les superbes évangéliaires de Kells ou de Lindisfarne et exporter vers le continent dans les pas de saint Colomban la religion nouvelle, jusqu’à Luxeuil, Saint-Gall ou Bobbio.

Longtemps méconnues, les œuvres écossaises ou galloises correspondant à cette période constituent l’une des grandes révélations de l’exposition, parmi lesquelles les broches de Rogart et la croix de Monifieth, prêtées par le National Museum of Scotland. L’ancienne Bretagne romaine conquise par les envahisseurs germaniques angles et saxons joue également son rôle dans ce « concert » britannique et européen, ce dont témoigne la superbe croix-reliquaire du Victoria and Albert Museum de Londres.

La pénétration du christianisme s’affirme au Danemark, en Norvège et en Suède au tournant de l’an mil, période qui voit la religion nouvelle coexister avec l’ancienne, ce que nous révèlent le crucifix de Birka et le marteau de Thor d’Erikstrop. Des scènes inspirées de la tradition païenne voisinent longtemps avec d’autres tirées de l’iconographie chrétienne, ce que nous montrent les figures représentées sur le portail de Vegusdal de l’université d’Oslo ou sur les fonts baptismaux d’Ardre conservés au musée de Stockholm.

Notre voyage La Suède, des Vikings à l’empire de Gustave Adolphe

Dihunomp N° 13

Sunday, November 2nd, 2008