Archive for October, 2008

La fin de l’enfant roi ?

Saturday, October 25th, 2008

La fin de l’enfant roi ?

La fin de l'enfant roi ?<br/>

Enfants perturbés, parents déboussolés, psys débordés : Dolto est plus que jamais contestée. La célèbre psychanalyste serait-elle passée de mode, ou victime de son succès ?

Vers une hausse des impôts locaux ?

Sunday, October 19th, 2008

http://www.quechoisir.org/Article. jsp?id=Ressource s:Articles: 2299B513DC8EC8FF C12574DC0055652E&catcss=ARG100

09/10/08
Crise financière

Une des conséquences inattendues de la crise financière actuelle sera probablement la hausse des impôts locaux. Des villes et des départements ont en effet eu recours ces dernières années à des emprunts indexés sur des indices ou des taux de change que la tempête boursière chahute dangereusement.

C’est un secret de polichinelle parmi les experts : un certain nombre de collectivités locales françaises ont joué avec le feu ces dernières années, en souscrivant des emprunts à haut risque. Consentis à des taux très avantageux, ces produits financiers dit « structurés » n’ont qu’un seul défaut. Ils sont indexés sur des indicateurs boursiers ou des cours de change monétaires, selon des formules complexes dont seuls les spécialistes maîtrisent toutes les subtilités (1). Et encore… Nombre de banquiers, de bonne foi, ont présenté comme quasiment impossibles des évolutions que la tempête financière actuelle rend très probables. Pour le grand malheur d’un certain nombre de municipalités ou de départements, qui risquent fort de voir s’envoler leurs remboursements.

Le problème ne sera pas sans conséquence sur les impôts locaux. Les produits structurés représenteraient en effet 25 % du total de l’endettement des collectivités (qui était de 137 milliards d’euros fin 2007), avec des pointes à 50 % pour certaines villes ! La situation de ces dernières est potentiellement explosive. Cela n’apparaît pas forcément dans leurs budgets, car les produits structurés y sont souvent présentés comme des emprunts classiques. Il n’est pas écrit que leur taux risque fort de s’envoler un jour en fonction par exemple du change yen/euro, voire du taux interbancaire polonais au jour le jour…

De véritables spéculations

Laissant de côté les circonvolutions de langage de rigueur entre financiers, le cabinet de notation Fitch Ratings a mis les pieds dans le plat en juillet 2008, dans une note au titre explicite : « La dette structurée des collectivités locales : gestion active ou spéculation ? »

L’étude relève que des villes, confrontées à des premières difficultés à partir de la crise d’août 2007, ont préféré négocier avec leur banque des emprunts encore plus risqués, simplement pour gagner 2 ou 3 ans avant une hausse de leurs échéances encore plus considérables !

Comparant certaines collectivités à « des pilotes qui navigueraient sans instruments de bord », Fitch Ratings dénonce « une véritable fuite en avant qui pourrait rapidement se révéler très dangereuse ».

« Il ne faut pas généraliser, tempère David Diano, directeur du département Finance publique internationale de Fitch Ratings. Les grandes villes, les départements et les régions sont en général gérés par des fonctionnaires compétents qui ont fait preuve de prudence. »

Ce n’est pas toujours le cas dans les villes moyennes. Sans donner de nom, le cabinet cite l’exemple édifiant d’une collectivité ayant « négocié » un prêt à 3,18 % qui pourrait grimper à… 31 % si le dollar descendait dans les 10 prochaines années à 0,5 euro. On en est loin, certes. Mais qui aurait parié en 2006 que le prix du baril de pétrole doublerait en 2 ans ?

Pression fiscale

Les collectivités locales au bord de l’insolvabilité devront donc probablement augmenter la pression fiscale. Elles ne peuvent accroître leur endettement, et elles vont devoir assumer des remboursements plus importants que prévu pour les prêts en cours. Comble de malchance, du fait du ralentissement très prononcé du marché immobilier, elles vont voir se tarir la ressource des droits de mutation à titre onéreux. Ces derniers représentent 5 % du prix de vente d’un bien, partagés entre les départements (3,6 %), les municipalités (1,2 %) et l’État (0,2 %). Ces droits de mutation sont passés de 3,74 milliards d’euros pour les logements en 2000 à plus de 11 milliards en 2007, mais ils vont inévitablement chuter cette année et probablement chuter encore l’année prochaine. Même la ville de Paris, dont la situation financière est par ailleurs réputée saine, a confirmé début octobre une augmentation de 9% des impôts locaux en 2009, pour compenser la déprime de l’immobilier. Ce qui laisse augurer des hausses très fortes de la fiscalité, dans les communes qui cumuleront baisse des droits de mutation et explosion de la bombe à retardement des produits structurés !


Erwan Seznec

1. Du type « intérêt de 3,18 % si le taux EUR-USD est inférieur à 1,44, et de 3,18 % + (100 % - 1,44/EUR-USD) dans le cas contraire ».

Fanum Martis, cité du Nord et ses cultes orientaux

Saturday, October 18th, 2008
Située entre les voies Bavay-Cambrai et Bavay-Tournai, à la frontière des territoires nervien et atrébate, la ville antique de Famars malgré ses 80 hectares de superficie n’est curieusement ni mentionnée sur la Table de Peutinger ni sur l’itinéraire d’Antonin. Toutefois Fanum Martis, son toponyme antique, laisse présupposer  la présence d’un temple dédié à Mars, monument qui reste à découvrir. Cité de la Gaule Belgique, Famars fut aussi un important camp militaire romain (castrum) dont les murs sont encore visibles.
Dès 1639, des découvertes archéologiques y sont signalées et la ville antique est explorée en 1655. Au XIXe siècle, ses thermes et son aqueduc sont partiellement fouillés. Entre 1917 et 1918, les archéologues allemands G. Bersu et W. Unverzagt profitent de la présence des troupes germaniques pour entreprendre une étude de l’enceinte du castrum et des thermes de la cité. Depuis l’après-guerre, de nombreuses recherches ont été entreprises, révélant pour partie l’histoire de l’agglomération antique. Aujourd’hui, une partie de la ville est préservée dans le cadre d’une réserve archéologique.
Sur prescription de l’État (SRA Nord-Pas-de-Calais), et à l’occasion de l’aménagement d’un lotissement par le groupe GHI Immobilier, une équipe de l’Inrap fouille depuis le mois d’avril 2008, 4,2 hectares, soit 5% de la surface totale de la cité. Il s’agit de comprendre l’organisation et la fonction de ce quartier doté d’un système complexe de gestion de l’eau, de déterminer la fonction exacte des bâtiments appuyés à l’espace public, limité par un important fossé ceignant le théâtre.

Fanum Martis du Ier siècle aux années 320

Fanum Martis trouve ses origines  vers le milieu du Ier siècle. Comme l’ensemble des villes gallo-romaines, elle se rétracte aux alentours des années 320 de notre ère.
De nombreux bâtiments se développent le long de deux voiries perpendiculaires, dont l’une suit l’axe d’un aqueduc. L’axe nord-sud débouche sur une place autour de laquelle se développent plusieurs constructions, à vocation cultuelle.
Bordant cette zone, un grand espace public délimité par un vaste fossé enserre le théâtre aujourd’hui sous un lotissement.
Des éléments de marbre et des fragments de tôle de bronze confirment la présence de statuaires de grandes dimensions dans  l’espace public autour d’un bâtiment de forme hexagonale dont la fonction n’est pas encore définie.
Des scories de bronze, de petits lingots ainsi que des déchets provenant du moulage des pièces révèlent l’existence d’un atelier de bronzier. De nombreux objets en bronze (appliques, fibules, épingles, cuillères…) ont d’ailleurs été récoltés sur l’ensemble de la zone. Un trésor monétaire de 134 monnaies de bronze (de la fin du IIe siècle) était caché à proximité d’un des bâtiments.
Quatre fours et leur aire de travail sont très bien conservés. Tous ont cuit des matériaux calcaires (craie, marbre, « pierre bleue de Tournai ») pour produire la chaux destinée à la construction du castrum aux alentours des années 320.

La zone cultuelle

De nombreux éléments mobiliers révèlent des cultes dédiés à Mercure, Mithra, Attis et Cybèle : les vases à bustes : le nombre de bustes est basé sur le principe des jours de la semaine (semainiers), un concept surtout connu dans le culte du dieu Mithra où les 7 jours de la semaine et les 7 niveaux de l’initiation au culte sont fondamentaux. Typiques de la cité des Nerviens, ces vases portent 6 ou 7 bustes représentant des divinités (planètes) ;
les vases zoomorphes : proches des vases à bustes, ils ne figurent que Mercure et ses attributs (bouc, coq, deux serpents criocéphales, bourse, caducée). Le culte de Mercure celtique est très populaire dans cette cité des Nerviens. Protecteur des arts, il était surtout honoré par les artisans potiers ou bronziers ;
­ une applique en bronze : la déesse Cybèle est l’élément central de cet objet où figurent également Attis et son bonnet phrygien, une pomme de pin et deux lions. La déesse perse devint populaire sous le règne de Claude, mais c’est durant les IIe et IIIe siècles que se développent les cultes orientaux. Rappelons que Cybèle, amoureuse et trompée par Attis, le frappe de folie et le pousse à la castration.

Contact

Mahaut Tyrrell
chargée de communication médias
Inrap, pôle partenariats et relations avec les médias
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Elisabeth Justome
chargée du développement culturel et de la communication
Inrap, direction interrégionale Nord-Picardie
03 22 33 40 54 - elisabeth.justome@inrap.fr

Analyse : La crise financière mondiale de l’automne 2008, par Alain de Benoist

Friday, October 17th, 2008

« C’est en fait à une triple crise que nous nous trouvons confrontés : crise du système capitaliste, crise de la mondialisation libérale, crise de l’hégémonie américaine. »

Par Alain de Benoist

On dit souvent que le capitalisme est synonyme de crise, qu’il se nourrit des crises qu’il provoque, ou encore que sa « faculté d’adaptation » est sans limites, laissant ainsi entendre qu’il est indestructible. En réalité, il faut distinguer les crises cycliques, conjoncturelles (on connaît les célèbres cycles de Kondratieff), et les crises systémiques, structurelles (comme celles qui ont eu lieu entre 1870 et 1893, lors de la Grande Dépression de 1929, ou entre 1973 et 1982, lorsqu’un chômage structurel a commencé à apparaître dans les pays occidentaux).

Avec la crise financière actuelle, il ne fait pas de doute que nous sommes devant une crise conjoncturelle, correspondant à une rupture de la pertinence logique et de la cohérence dynamique de l’ensemble du système. Venant après la crise du marché des actions de 1987, la récession américaine de 1991, la crise asiatique de 1997, l’explosion de la bulle des valeurs Internet de 2001, cette crise, beaucoup plus forte que les précédentes, est de toute évidence la plus grave que l’on ait connue depuis les années trente.

La plupart des gens ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe. On leur a pendant des années vanté les mérites du « modèle américain » et assuré des bienfaits de la « mondialisation heureuse ». Ils voient maintenant le modèle américain s’effondrer et la globalisation accroître la misère sociale. Le spectacle des banques centrales, tant aux Etats-Unis qu’en Europe, qui ont injecté, depuis le 15 septembre, des centaines de milliards de dollars et d’euros sur les marchés financiers, les laisse songeurs : d’où vient tout cet argent ? Les interrogations se nourrissent encore du sentiment que personne ne semble vraiment savoir ce qu’on peut faire. Le silence relatif de la plupart des hommes politiques est à cet égard significatif. Enfin, les gens se demandent si cette crise était ou non prévisible. Si elle était prévisible, pourquoi n’a-t-on rien fait avant ? Si elle était imprévisible, n’est-ce pas la preuve que plus personne ne contrôle un système financier lancé dans une folle course en avant ?

C’est en fait à une triple crise que nous nous trouvons confrontés : crise du système capitaliste, crise de la mondialisation libérale, crise de l’hégémonie américaine.

L’explication la plus souvent avancée pour interpréter la crise actuelle est l’endettement des ménages américains par le biais des prêts hypothécaires immobiliers (les fameux « subprimes »). On oublie seulement de dire pourquoi ils se sont endettés.

L’un des traits dominants du « turbo-capitalisme », correspondant à la troisième vague de l’histoire du capitalisme, est la complète domination des marchés financiers globalisés. Cette domination donne un pouvoir accru aux détenteurs du capital, et plus particulièrement aux actionnaires, qui sont aujourd’hui les véritables propriétaires des sociétés cotées en Bourse. Désireux d’obtenir un rendement maximal aussi rapide que possible de leurs investissements, les actionnaires poussent à la compression des salaires et à la délocalisation opportuniste de la production vers des pays émergents où la hausse de la productivité va de pair avec de très bas coûts salariaux. Résultat : partout, l’augmentation de la valeur ajoutée profite aux revenus du capital plutôt qu’aux revenus du travail, la déflation salariale se traduisant par la stagnation ou la baisse du pouvoir d’achat de la plupart des gens, et la diminution de la demande solvable globale. La stratégie actuelle de la Forme-Capital est donc de comprimer toujours plus les salaires, d’aggraver toujours plus la précarité du marché du travail, produisant ainsi une paupérisation relative des classes populaires et des classes moyennes qui, dans l’espoir de maintenir leur niveau de vie, n’ont d’autre ressource que de s’endetter, alors même que leur solvabilité diminue.

La possibilité offerte aux ménages d’emprunter pour couvrir leurs dépenses courantes ou acquérir un logement a été l’innovation financière majeure du capitalisme d’après-guerre. Les économies ont alors été stimulées par une demande artificiellement fondée sur les facilités du crédit. Outre-Atlantique, cette tendance a été encouragée depuis les années 1990 par l’octroi de conditions de crédit de plus en plus favorables (apport personnel voisin de 0 %), sans aucune considération de la solvabilité des emprunteurs. On a ainsi cherché à compenser la baisse de la demande solvable résultant de la compression des salaires par l’emballement de la machine à crédit. En d’autres termes, on a stimulé la consommation à travers le crédit, faute de pouvoir la stimuler par l’augmentation du pouvoir d’achat. C’était là le seul moyen, pour les détenteurs de portefeuilles financiers, de trouver de nouveaux gisements de rentabilité, fût-ce au prix de risques inconsidérés.

D’où le surendettement pharamineux des ménages américains qui ont depuis longtemps choisi de consommer plutôt que d’épargner (alors que 17 % de la population est déjà dépourvue de toute couverture sociale). Les ménages américains sont aujourd’hui deux fois plus endettés que les ménages français, trois fois plus endettés que les ménages italiens. Leur surendettement est même pratiquement égal au produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis.

Après quoi, on a spéculé sur ces « créances pourries » par le biais de la « titrisation », qui a permis aux grands acteurs de la sphère du crédit de se décharger, en les rendant liquides, des risques d’insolvabilité de leurs emprunteurs. La « titrisation », qui est une autre des innovations financières majeures du capitalisme d’après guerre, consiste à découper en tranches, dites obligations, les prêts accordés par une banque ou une société de crédits, puis à en revendre le montant, c’est-à-dire le risque, à d’autres agents financiers appartenant au monde des fonds de placement. Il se crée ainsi un vaste marché du crédit, qui est aussi un marché du risque. C’est l’effondrement de ce marché qui a provoqué la crise actuelle.

Mais celle-ci est aussi une crise de la mondialisation libérale. La transmission brutale de la crise hypothécaire américaine aux marchés européens est le fruit direct d’une mondialisation conçue et réalisée par les apprentis sorciers de la finance. Au-delà de sa cause immédiate, elle constitue l’aboutissement de 40 ans de déréglementation voulue par un modèle économique globalisé selon les recettes libérales. C’est en effet l’idéologie de la dérégulation qui a rendu possible le surendettement américain, tout comme elle avait déjà été à l’origine des crises mexicaine (1995), asiatique (1997), russe (1998), argentine (2001), etc. D’autre part, c’est aussi la globalisation qui a créé une situation dans laquelle les crises majeures se propagent désormais presque instantanément, de façon « virale » aurait dit Jean Baudrillard, à l’ensemble de la planète. C’est pourquoi la crise américaine a touché aussi vite les marchés financiers européens, à commencer par les marchés du crédit, avec toutes les conséquences que peut avoir une pareille onde de choc à un moment où l’économie américaine comme celle de l’Europe sont au bord de la récession, sinon de la dépression.

De ce point de vue, il est d’un irrésistible comique de voir ceux qui n’ont cessé de gloser sur les mérites de la « main invisible » et les vertus du marché « autorégulé » (« c’est le marché qui doit s’occuper du marché », lit-on régulièrement dans le Financial Times) se précipiter vers les pouvoirs publics pour demander leur recapitalisation ou leur nationalisation de fait. C’est le vieux principe de l’hypocrisie libérale : privatisation des bénéfices et socialisation des pertes. On savait déjà que les Etats-Unis, grands défenseurs du libre-échange, ne se privent jamais de recourir au protectionnisme chaque fois que celui-ci sert leurs intérêts. On voit maintenant comment les adversaires du « big governement » se tournent vers l’Etat quand ils sont au bord de la faillite. La nationalisation de fait de Fannie Mae et Freddie Mac, les deux géants du prêt hypothécaire américains, représente à cet égard un fait sans précédent. Alors qu’en 1929, le gouvernement américain avait fait l’erreur de confier la gestion de la crise à un « syndicat de banquiers » dirigé par Rockefeller, Henry Paulson, secrétaire au trésor, et Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale, ont décidé de nationaliser les établissements les plus menacés. Décision unique dans l’histoire des Etats-Unis depuis l’époque de Ronald Reagan, et intervention la plus radicale jamais faite dans le monde privé de la finance de toute l’histoire de la Réserve fédérale. On peut y voir un brutal retour du principe de réalité. Mais c’est aussi, pour l’idéologie libérale, un effondrement de l’un de ses principes de légitimation (la sphère publique ne doit jamais interférer avec les mécanismes du marché, sous peine d’en diminuer l’efficacité).

On ne doit pas perdre de vue, enfin, que cette crise mondiale a sa source aux Etats-Unis, c’est-à-dire dans un pays qui doit déjà faire face à un déficit budgétaire abyssal, une dette extérieure qui ne cesse de croître et un déficit commercial colossal. Depuis dix ans, l’économie américaine n’a plus pour moteur la croissance due à la production réelle, mais l’expansion de la dette et la rente monétaire résultant de la domination mondiale du dollar. L’endettement total (dette publique + dette des ménages + dette des entreprises) représente aujourd’hui 13 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de 410 % du PIB - l’adoption du plan Paulson étant encore appelée à aggraver le déficit !

Or, la crise ne peut que contribuer à éroder la confiance dans le dollar, lequel sera probablement amené encore à baisser. Le fait que le dollar soit à la fois une monnaie nationale et une unité de compte internationale, qui plus est libérée de tout lien avec l’or depuis 1971, a longtemps permis aux Etats-Unis d’affirmer et de faire peser leur hégémonie tout en contribuant d’enregistrer des déficits colossaux. Le procédé a consisté pour les Américains à exporter systématiquement leurs titres de dettes vers des pays excédentaires. A l’avenir, l’inquiétude des grands fonds publics et privés qui, notamment en Asie, détiennent des quantités considérables de titres publics et parapublics américains (bons du Trésor, etc.), et donc autant de créances sur les Etats-Unis, sera déterminante. A l’heure actuelle, 70 % de toutes les réserves étrangères dans le monde sont constituées en dollars, cette masse n’ayant plus depuis longtemps le moindre rapport avec le volume réel de l’économie américaine. Dans les années qui viennent, il n’est pas impossible que les pays exportateurs de pétrole abandonnent peu à peu le dollar (les fameux « pétrodollars ») pour l’euro. A long terme, cette situation pourrait aboutir à ce que des pays comme la Chine et la Russie postulent à des responsabilités financières internationales, voire à ce qu’ils se concertent pour concevoir un projet alternatif à l’ordre financier international actuel. George Soros, au printemps dernier, le disait sans ambages : « Le monde fonce vers la fin de l’ère du dollar ».

On assure maintenant qu’il suffirait de « réguler » ou de « moraliser » le système pour éviter ce genre de crises. Les hommes politiques, à commencer par François Fillon et Nicolas Sarkozy, parlent de « dévoiement de la finance », tandis que d’autres stigmatisent l’« irresponsabilité » des banquiers, laissant ainsi entendre que la crise n’est due qu’à une insuffisance de réglementation et qu’un retour à des pratiques plus « transparentes » permettrait de faire revenir sur la scène un capitalisme moins carnassier. C’est une double erreur. D’abord parce que c’est précisément l’impuissance des politiques à faire face à la crise d’efficacité du capital qui a ouvert la voie à la libéralisation totale du système financier. Ensuite et surtout, parce que c’est ignorer la nature même du capitalisme. « Le capital ressent toute limite comme une entrave », disait déjà Karl Marx. La logique de l’accumulation du capital, c’est l’illimitation, le refus de toute limite, l’arraisonnement du monde par la raison marchande, la transformation de toutes les valeurs en marchandises, le Gestell dont parlait Heidegger.

L’adoption du plan Paulson était certes nécessaire, mais elle aura sans doute des effets pervers. En effet, si les banques et les grosses sociétés au bord de la faillite sont par avance assurées du soutien financier des pouvoirs publics, cela représente une incitation indirecte à ce que les mêmes dysfonctionnements se reproduisent, débouchant ainsi sur de nouvelles crises spéculatives. Dans l’immédiat, il est significatif que ni les injections de liquidités en provenance de la Réserve fédérale et des banques centrales, ni l’adoption du plan Paulson, ne semblent avoir provoqué la réaction positive escomptée de la part des marchés. C’est une claire démonstration des limites d’une politique purement monétaire.

Dans les phases de suraccumulation du capital, le renforcement du pouvoir financier devient le levier déterminant de toute stratégie visant à augmenter la rentabilité du capital. Au-delà de la seule finance, c’est en fait la régulation de l’économie tout entière par le seul critère du taux de profit, sans considération des facteurs humains, des vies broyées, de l’épuisement des ressources naturelles, des coûts non marchands (les « externalités négatives »), qui est mise en question par la crise financière. La cause finale de cette crise, c’est la recherche du profit financier le plus élevé possible dans le minimum de temps possible, en clair la recherche de l’augmentation maximale de la valeur des capitaux engagés à l’exclusion de toute autre considération.

Par un effet de « dominos », la crise peut-elle entraîner à terme des défauts de paiement en chaîne de tous les agents économiques, et donc un effondrement de tout le système financier mondial ? On n’en est pas là. Il est possible que les mesures prises ces dernières semaines soient de nature à empêcher le système financier de s’écrouler complètement. Mais dans le meilleur des cas, la crise économique va durablement se maintenir, avec une récession (voire une dépression) aux Etats-Unis et un très fort ralentissement en Europe, qui provoquera une remontée du chômage. Il devrait en résulter une baisse importante des profits, qui se répercutera inévitablement sur les marchés et les cours de la Bourse. Contrairement à ce que l’on dit parfois, le lien entre l’économie spéculative et l’économie réelle est bien réel. Les entreprises dépendent en effet du système bancaire, ne serait-ce que pour le crédit dont elles besoin pour leurs investissements. Or, la crise fait que les banques, fragilisées par l’accumulation de mauvaises dettes issues de l’immobilier, réduisent aujourd’hui brutalement leurs crédits (c’est le « credit-crunch »). Les conséquences politiques et sociales se feront très vite sentir.

Les difficultés ne font que commencer.

Publication originale Alain de Benoist Alain de Benoist - Depuis plus de trente ans, Alain de Benoist poursuit méthodiquement un travail d’analyse et de réflexion dans le domaine des idées. Ecrivain, journaliste, essayiste, conférencier, philosophe, il a publié plus de 50 livres et plus de 3000 articles, aujourd’hui traduits dans une quinzaine de langues différentes. Ses domaines de prédilection sont la philosophie politique et l’histoire des idées, mais il est aussi l’auteur de nombreux travaux portant notamment sur l’archéologie, les traditions populaires, l’histoire des religions ou les sciences de la vie.

Les origines de la crise financière

Thursday, October 2nd, 2008

Nous vous invitons à prendre connaissance d’une nouvelle étude consacrée aux origines de la crise financière en cliquant sur www.freeworldacadem y.com/globallead er/financialcris is.htm

Les vraies causes d’une crise financière sont toujours économiques et politiques. Dans le cas présent, la globalisation s’est traduite par de graves déséquilibres macroéconomiques. Au lieu de traiter ces problèmes, les Etats Unis ont eu recours à une immigration massive pour contenir les rémunérations des salariés. Comme une telle politique risquait de restreindre la consommation et la croissance, le gouvernement a encouragé un endettement anormal des ménages afin de compenser la stagnation des salaires en termes réels. Le retournement de conjoncture, en relation avec la hausse des matières premières, a donc entraîné l’effondrement financier de cet empire de dettes.

Dans les pays européens comme la France, on retrouve les mêmes causes (délocalisations, immigration et stagnation des salaires en termes réels) mais le mécanisme y est différent. En effet la stagnation des salaires n’a pas été compensée par le crédit bancaire mais par l’octroi permanent d’allocations diverses. Les ménages sont donc moins endettés mais c’est l’Etat qui supporte le poids de ces politiques.

Ces conclusions reposent sur des recherches portant sur les statistiques du Census bureau, de l’US bureau of labor statistics, de la Banque mondiale et de la Banque des règlements internationaux. Ceux qui suivent nos études savent que nous avions envisagé dès 2004 de telles dérives (cliquez sur Malaise in globalization).

Cette crise risque de déboucher sur des évènements qui étaient jusqu’à présent inimaginables. En effet, il ne s’agit pas d’une crise du système capitaliste. Il s’agit d’une crise de civilisation marquée par un affaiblissement général des valeurs d’honnêteté, de compétence et donc de confiance. Nous avons vécu à crédit sans anticiper le transfert de richesses occasionné par la hausse des matières premières et l’émergence de nouvelles puissances. En dépit de nos nombreux avertissements, nos compatriotes n’ont pas voulu regarder les conséquences culturelles et morales de l’immigration. Nous n’avons pas réalisé que la globalisation allait désormais de pair avec la tiers mondisation de nos propres sociétés. Notre jeunesse qui est encore plus fragile que celle de mai 68, refuse de prendre en compte ces réalités. Elle boira donc le calice jusqu’à la lie.