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Pour un Etat des Régions de France

Extrait du Blog "L'Idée Bretonne"
Par Mikaël TREGUELY
http://lideebretonne.org/14902/index.html

"L'effort multi-séculaire de centralisation qui fut longtemps nécessaire à notre pays pour réaliser et maintenir son unité malgré les divergences des provinces qui lui étaient successivement rattachées, ne s'impose plus désormais. Au contraire, ce sont les activités régionales qui apparaissent comme les ressorts de sa puissance économique de demain ".

Charles de Gaulle (à Lyon le 24 mars 1968)

"La Région apparaît aujourd'hui comme l'élément local essentiel. En effet, son caractère ethnique et géographique, sa dimension, ses ressources, lui permettent d'avoir une vie propre et cette vie propre, il faut qu'elle l'ait pour que notre pays mette en valeur tout ce qu'il vaut dans chacune de ses parties et cesse, en se vidant lui-même, d'amasser sa substance à Paris et aux alentours".

Charles de Gaulle - 1969 - cité par Claude Du Granrut dans son ouvrage intitulé : ”Europe, l'heure des régions "

Appliquer le principe de subsidiarité

Le principe de subsidiarité qui figure dans le traité de Maastricht est un principe essentiel qui n'est malheureusement appliqué ni par la Commission de Bruxelles (qui, par ailleurs, met en place un euro-centralisme), ni par la République française qui ne l'applique pas à ses collectivités locales. S'il est inacceptable que la Commission s'ingère dans les affaires intérieures des Etats associés, il est tout aussi inacceptable que la République française refuse de partager le pouvoir politique avec les régions qui pourraient, mieux que lui, gérer les besoins locaux (un rapport de la Cour des comptes a démontré, par exemple, que les moyens sont mieux utilisés dans les établissements d'enseignement depuis qu'ils sont gérés localement). Le rôle de l'Etat concerne essentiellement les domaines vitaux de la communauté nationale : la défense, la paix civile, le consensus social, l'application et le respect des lois, les libertés des personnes et l'harmonie intérieure. Pour le reste et en particulier pour ce qui concerne la culture et l'éducation, l'action publique devrait être régionalisée autant que possible. Il faut mettre un terme à l'absolutisme étatique dans notre pays et faire en sorte que les libertés des minorités culturelles (autochtones) et celles des collectivités locales soient réelles ; il faut achever la démocratie en permettant aux communautés locales d'organiser leur existence comme elles l'entendent.

Le séparatisme n'est pas la solution

Le refus obstiné de l'Etat d'accorder des libertés aux Régions et des droits aux minorités dont l'existence même est niée, en matière culturelle et linguistique notamment, a exacerbé la haine de l'Etat centralisateur au point de générer des courants séparatistes affirmés. Cette réaction très compréhensible est cependant regrettable et ne constitue pas une voie souhaitable et ce, pour plusieurs raisons :

  • nous ne pouvons pas accepter le discours anti-français des séparatistes. Notre détestation de l'Etat centraliste ne peut pas nous conduire à détester la France avec laquelle nous partageons une partie de notre histoire et de notre culture (la Bretagne est bi-culturelle et l'a toujours été d'ailleurs).
  • nous ne pouvons pas adhérer à une logique de guerre civile intra-européenne au moment où l'union de tous les Européens est une condition sine qua non de leur survie collective. Nous pensons qu'il n'est pas souhaitable de “balkaniser” l'Europe en créant une myriade d'Etats de petite taille dont l'existence compliquerait la construction d'une Europe-puissance (seuls les Etats-Unis seraient satisfaits) et affaiblirait la France qui est un élément central de cette puissance européenne à venir.
  • nous refusons le séparatisme parce qu'il n'est en général qu'un jacobinisme local qui veut reproduire à l'échelle régionale l'Etat-Nation si détesté par ailleurs. Le principe d'autonomie que nous défendons est le contraire du séparatisme, puisqu'il participe d'une philosophie organiciste qui voit dans l'ensemble (en l'occurrence l'Etat) une union harmonieuse de parties (les Régions). L'autonomie est un principe d'association et non pas de séparation ; c'est ce que beaucoup de Français ont du mal à comprendre.
  • nous refusons également le séparatisme de certains libéraux qui souhaitent faire sortir la Bretagne de l'orbite du pouvoir politique parisien pour en faire une zone économique libérée du politique ; une Bretagne indépendante et libérale deviendrait immédiatement un protectorat anglo-saxon, ce qui est inacceptable à tous les points de vue.

Le régionalisme suspect de la Commission

L'activisme de la Commission Européenne en matière de régionalisation de l'Union Européenne est sympathique mais est, à la réflexion, suspect.

En effet, cette Commission est très technocratique et centralisatrice en dépit de ses professions de foi subsidiaristes. Elle s'emploie à réduire les prérogatives des Etats à son profit de manière régulière ; sa politique hyper-libérale et libre-échangiste se traduit par la transformation progressive de l'Europe en un marché ouvert à tous les flux, sans pouvoir politique et sans puissance militaire. Concernant la culture, les commissaires sont en général alignés sur les positions américaines concernant la "marchandisation" de la culture (et de l'enseignement) et la suppression de toute forme d'exception culturelle. On peut donc se demander ce qui les motive tant dans la régionalisation si ce n'est que celle-ci pourrait devenir un formidable moyen d'affaiblir des Etats jugés encore trop soucieux de leur souveraineté et de leurs particularités. La création d'une Europe des Régions, dans ces conditions, serait ainsi un merveilleux moyen d'atomiser ces Etats et de laisser le champ libre aux technocrates libéraux et mondialistes.

Il est commun chez les régionalistes de miser sur les institutions de Bruxelles ; en l’état actuel des choses, ce calcul est mauvais car l'Europe que Bruxelles va nous fabriquer, si nous laissons faire, ne sera pas régionalisée, mais occidentalisée, américanisée, envahie par des populations du tiers-monde et condamnée au chômage de masse qui est généré par le libre-échange intégral.

De cette Europe, nous ne voulons à aucun prix !

Sortir l'Europe et la France du processus d'occidentalisation

Notre projet vise à la pérennisation de la diversité culturelle ; il s'oppose donc au projet occidentaliste et libéral qui tend, quant à lui, à éradiquer les cultures existantes, à l'exception bien sûr de la seule culture occidentale américano-centrée qui repose sur une anthropologie universaliste et individualiste, la philosophie libérale, le consumérisme, l'obsession du changement, l'illusion progressiste et dans sa version "étatsunienne" le puritanisme manichéen et missionnaire des protestants (dont les ténors les plus fondamentalistes sont au pouvoir aujourd'hui à Washington).

Pour faire échec au projet hégémonique des occidentalo-américains, il nous faudra construire une puissance européenne autocentrée culturellement, économiquement et militairement d'une part, ré-enraciner les Européens dans la culture européenne commune (l'héritage grec et romain,…) et dans leurs cultures locales (nationales et régionales) d’autre part.

Une chose est certaine : cet objectif n'est pas celui des actuels responsables européens qui visent au contraire à dissoudre les peuples et les cultures d'Europe dans un marché ouvert sur lequel régnera inévitablement la pax americana. La situation actuelle de la construction européenne était en fait prévisible, puisque depuis Jean Monnet, cette construction a été menée dans un esprit très "américain".

Face à l'impasse dans laquelle se trouve le projet européen, il convient de changer de cap et de bâtir l'Europe politique et militaire, non pas sur une ectoplasmique Europe à vingt-cinq (qui sera inévitablement plus docile aux volontés américaines du fait de l'attitude des pays de l'Est), mais sur les seuls Etats désireux de sortir de l'inféodation (politique, culturelle et militaire) aux Etats-Unis.

Une autre conception de la France

La France n'a pas toujours été ce qu'elle est aujourd'hui ; elle a une histoire et elle a connu de nombreuses transformations au cours de celle-ci. Avant même de s'appeler France, elle a été un ensemble de tribus gauloises puis de cités gallo-romaines; ces cités laissèrent la place à une myriade de seigneuries sur lesquelles s'échafauda la féodalité. Les Rois de France, qui n'étaient à leurs débuts que des seigneurs à peine plus importants que les autres, construisirent leur royaume en écrasant les féodaux concurrents ; la Révolution française, enfin, fût le point de départ d'un processus d'unification culturelle qui est aujourd'hui achevé.

Mais, pour autant, l'histoire de la France ne s'arrête pas nécessairement là ; elle peut se prolonger, mais une chose est certaine : si c'est le cas, la France se transformera à nouveau ; c'est ce que les "souverainistes" (toutes sensibilités confondues) refusent d'admettre.

En accord avec le Général de Gaulle qui pensait à la fin de sa vie (voir supra) que le temps de la France centralisée et centrée sur Paris était terminé, nous pensons qu'une autre France pourrait voir le jour - construite sur les communautés régionales d'une part, la démocratie participative et locale d'autre part. Ce projet qui rejoint les aspirations d'une majorité de Français (une étude faite pour le Sénat en 2000 a mis en évidence que 88% d'entre eux sont favorables à l'autonomie régionale et que 67% le sont à la suppression du département ; par ailleurs, cette étude montre que 80% d'en-tre eux aimeraient vivre loin de Paris et des grandes villes et que 44% aimeraient habiter une petite commune rurale. Le centralisme et le mythe du paradis parisien sont bel et bien morts !) mettrait fin au processus jacobin / libéral de déracinement visant à faire des Français des individus standardisés et privés de toute appartenance collective qui ne soit l'appartenance à l'Etat-Nation universaliste.

La France à laquelle nous aspirons est une France débarrassée des nuées idéologiques du dix-huitième siècle, une France riche de ces patries charnelles que sont les Régions, une France qui permettrait la cohabitation harmonieuse de ses différences régionales.

Ceux qui affirment que la France ne peut pas être plurielle sont soit des obsédés de l'unification (versant chevènementiste du souverainisme), soit des craintifs qui n'ont pas confiance dans la solidité de la République française (versant conservateur). Quant à ceux qui affirment que la construction d'une France régionalisée serait la première étape vers celle d'une Europe des Régions, ils ont tort ; la Suisse fédérale, si riche de sa diversité culturelle et de ses autonomies cantonales, est-elle en passe de se dissoudre dans une telle Europe ? Bien sûr que non. C'est d'ailleurs au nom de la défense du modèle fédéral et pluriculturel suisse, que Blocher lutte contre l'entrée de son pays dans l'Union Européenne ; avec beaucoup de succès.