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Lettre ouverte d'un facteur à un autrePar Varlevent. Le libéralisme n'est pas ce spectacle tragique du monde actuel, explique à Olivier Besancenot ce Mariannaute qui regrette l'anti-libéralisme buté de la LCR.
SOURCE: http://www.marianne2.fr/Lettre-ouverte-d-un-facteur-a-un-autre_a80582.html
Il n'y a pas très longtemps, j'ai entendu, ou lu, que tu souhaitais créer un nouveau parti, et puis plus rien. Alors voilà, j'ai 33 ans, je suis de gauche, je suis facteur et je commence à souffrir douloureusement de la nullité de la gauche, dans son ensemble. Je t'avoue que j'ai vivement souhaité, avant le 6 mai, la victoire de Ségolène Royale, j'ai même adhéré pour vingt euros, tout simplement parce que je ne voyais personne d'autre, il y avait urgence. (…) Le problème du PS est simple, il n'a plus, aujourd'hui, de ligne, si j'ose dire, à tel point, en caricaturant très légèrement, qu'on y a toujours pas tranché la question cruciale de l'acceptation ou non de l'économie de marché. Tout est dit. Le problème de tous ceux qui sont à la gauche du PS est beaucoup plus grave, ils refusent, si j'ai bien compris, l'économie de marché dans son ensemble. Hérésie donc, pour ne pas dire déni de réalité. L'économie de marché : un principe de réalité Cette question me semble bel et bien cruciale, car si ma conscience et ma petite intelligence m'indiquent clairement que tout ne doit pas être soumis à la loi de l'offre et de la demande, je pense, malgré ça, qu'il ne peut exister un autre moyen de régir les indispensables échanges entre les hommes, que l'argent demeure le nécessaire outil permettant de tendre vers des échanges équitables. Perdre son temps, soit à discuter de savoir s'il faut oui ou non accepter ce système, soit à affirmer avec un entêtement et une absurdité sans nom que l'on refuse tout de go ce système qualifié d'inhumain, c'est perdre son temps, perdre son temps, et encore perdre son temps... Et ce n'est pas être un dangereux ultra-libéral qui se féliciterait de la financiarisation de l'économie et qui applaudirait à toutes les délocalisations que de constater simplement que le libéralisme réel demeure, non seulement incontournable, mais bel et bien universellement souhaitable. Imaginer qu'il serait possible de nationaliser, en gros, tous les moyens de production, ne mènera personne nulle part, dans le monde qui est le mien aujourd'hui, la très chère raison raisonnable et raisonnée me l'indique nettement, indiscutablement, comme le fait que la Terre est ronde, comme l'évidence absolue que Dieu n'existe pas. Il faut donc cesser de perdre son temps avec tout ça. (…) Une posture d'un autre temps Alors, je sais bien que si tu crées un nouveau parti, il sera très probablement anti-libéral : je pense néanmoins que cela serait une grave erreur car je considère que cette posture, purement idéologique, est un tel repoussoir pour des millions de gens qu'elle discrédite entièrement à leurs yeux le reste de ton discours. J'insiste un peu lourdement là-dessus mais je ne parviens tellement pas à saisir, à comprendre le but de cette idée saugrenue qui voudrait que nous cessions brutalement d'appartenir au monde, et que nous entrerions dans un nouveau système dont je ne distingue pour l'instant pas le moindre contour. Ne vois-tu pas que la France est très loin de se prononcer majoritairement pour un programme communiste ? Combien de temps faudra-t-il attendre pour y arriver ? Le temps presse, c'est une donnée qui devrait te permettre de légitimer un accroc à l'idéologie toute-puissante qui dit non au libéralisme. Je pense clairement et sans en avoir honte que l'idée socialiste, celle que je me fais tout du moins, est la meilleure qui soit, en théorie, accepter le libéralisme comme on accepte le vent et lui imposer des règles, l'accompagner et subvenir à ses insuffisances, le réguler, limiter la casse si vous voulez mais avec, en contrepartie magnifique, une liberté plus grande, une liberté que votre communisme réel ne pourrait faire autrement que de mettre à mal, inévitablement. Ce que j'attends donc aujourd'hui, c'est un parti qui dirait clairement ces choses là, qui fixerait nettement les secteurs qui ne doivent pas être soumis aux lois du marché d'une part, et qui d'autre part, imposerait des règles strictes, des lois sévères, à l'intérieur desquelles le libéralisme s'exercera. Un parti qui serait de gauche et qui aurait un vrai programme, un discours clair avec des idées précises, des valeurs universellement humanistes et progressistes. Je t'accuse donc, sans aucune agressivité aucune, de te fixer des objectifs inatteignables, et dans ma petite tête de mioche, je l'interprète comme un moyen sûr de ne jamais avoir à justifier le moindre de tes faits, et pour cause, ils n'existent malheureusement pas, et pour cause, il faut une fusée pour aller sur la lune, on ne pourra jamais tous y aller. Alors, si tu considères que ce que tu peux faire et ce que tu fais, à ton échelle et dans ton coin avec quelques autres, est le maximum parce que tu n'accepteras jamais de trahir tes convictions, très bien, mais dans ce cas, pourquoi avoir l'audace de faire miroiter aux Français que vous possédez les clefs du paradis terrestre ; contentez vous alors plutôt d'oeuvrer dans l'humanitaire, et si vous le faites déjà un peu, faites le davantage encore, afin d'être en parfaite cohérence avec vos convictions, car si celles-ci sont les plus respectables d'entre toutes, elles ne signifient pas pour autant que le modèle économique que vous proposez soit l'unique et le seul qui vaille. (…) La gauche n'existera qu'avec l'aide de tout son spectre Je t'écris cette lettre car j'en ai marre, certes, mais surtout parce que tant d'autres en ont encore plus marre que moi et parce que ceux là n'ont jamais la parole, ils sont loin, très loin dans leurs misères, abandonnés, réduits toujours à des sujets de conversations, déshumanisés à l'extrême, sacrifiés par la prétention démentielle de pseudo-penseurs désespérément déraisonnables. Je t'écris à toi car je pense que tu peux sûrement comprendre le désarroi d'un petit gars qui voudrait voir la gauche enfin triompher et qui ne voit que tout le contraire arriver. N'y vois, encore une fois, aucune animosité, ni à ton encontre, ni à celle de la LCR, bien au contraire, seule la lassitude m'autorise un peu de méchanceté parfois, et rien d'autre. Nous voilà presque arrivés à l'extrême droite de l'éventail politique, la glissade dure depuis trop longtemps, et le pire dans tout ça, c'est qu'on prend de la vitesse... Je ne te demande pas de devenir socialiste, je considère simplement que la gauche n'existera qu'avec l'aide de toute la gauche, et qu'elle ne gagnera qu'unie et rassemblée, au-delà même d'elle même, je crois encore à la démocratie, aux élections, je crois qu'il est possible de convaincre que nos valeurs sont celles qui doivent guider nos sociétés, je voudrais que tu acceptes l'idée que le libéralisme n'est pas ce spectacle tragique du monde actuel, tout comme le stalinisme n'était pas le communisme. Tu me fais penser à tous ces Chrétiens pourtant fort éduqués et qui se disent plus croyants que quiconque ; je les soupçonne toujours de ne pas croire une seule miette de ce que leur religion raconte ; je suis sûr qu'ils font semblant, pour montrer le bon exemple à suivre. Tu sais, toi aussi, l'impossibilité flagrante d'appliquer un jour ton programme ; il ne peut pas, selon moi, en être autrement, et je ne comprends toujours pas pourquoi tu refuses d'admettre cette évidente réalité. Voilà, ce que je voulais te dire, bien amicalement. Mardi 30 Octobre 2007 - 00:03 Varlevent |