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La dictature du rien

Les pensées du français Paul-Marie Coûteaux, pourraient être transposées et contribuer à donner aux Bretons et aux Guadeloupéens la fierté utile et consciente de ce qu'ils sont et d'où ils vivent.

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Paul-Marie Coûteaux

Le naufrage en mer rouge d'un navire transportant des pèlerins revenant de la Mecque est aussi triste qu'il est emblématique : trafiqué pour transporter un nombre de passagers qui excédait de loin ses capacités, piloté par un capitaine irresponsable, mal secouru par des services incapables, ce navire révèle un univers qui demeure aux antipodes de nos sociétés techniciennes et qui par certains aspects s'en éloigne même. Les mondialistes, et aussi certains de ceux qui ne le sont pas, mesurent mal les fossés qui séparent les civilisations, fossés camouflés par les illusions de la "communication internationale" mais d'autant plus trompeurs ; en réalité ils se creusent à mesure que les sociétés développées s'abandonnent jusqu'à la folie à l'univers technicien tandis qu'une part croissante des hommes, tout en étant submergés par un déluge d'images qui alimentent tantôt leur admiration béate tantôt leur ressentiment, vivent dans la permanente frustration d'une existence rudimentaire et souvent miséreuse.

Qu'on cesse de croire que ce monde est en voie d'unification ! Il ne s'uniformise que par ses écumes, la diffusion planétaire des images, et cette idéologie mondialiste pour laquelle les marchands font sonner à toute heure les mille trompettes de ce que l'on appelle sottement " le village planétaire " Mais, quant aux réalités des civilisations telles que les alimentent leurs sources les plus profondes, il est au contraire de plus en plus fracturé. L'assassinat d'un prêtre chrétien en Anatolie, voici quelques jours, n'en fut qu'un signe parmi bien d'autres, que notre lâcheté nous dissimule, mais qui se multiplient, non seulement par un regain des persécutions des Chrétiens en terre d'Islam (profanations de cimetières et vexations nouvelles, notamment en Irak depuis l'invasion américaine), mais aussi des actes de provocations en Europe - en particulier des dépradations dans les églises, dont une presse partiale et pusillanime n'ose parler...

On peut nommer ces fractures "choc des civilisations", mais, sauf à signifier des oppositions récurrentes dans toute l'histoire, la formule telle qu'elle est habituellement comprise me paraît aussi vaine que celle de la "mondialisation", dont elle est en quelque sorte l'envers : l'une et l'autre procèdent d'une même conception de l'Homme désincarné, d'un même oubli de cette vérité posée depuis le début des temps que le foisonnement des civilisations est l'essence même de la vie sur la terre. La sagesse ne consiste ni à s'en étonner ni à le vouloir réduire, mais au contraire à le protéger, à savoir qu'il n'est toujours de communication entre les mondes qu'imparfaite et, à rebours de la fraternité d'aéroport dont se gargarisent les "élites mondialisées", qu'il n'est nulle entente solide en dehors de la reconnaissance de cette altérité, et de ce dialogue toujours délicat que Tadao Takemoto, traducteur au Japon d'André Malraux, nomme le "dialogue des racines". Qui nie les racines ruine les chances de tout dialogue authentique. Il est bien temps de découvrir que les civilisations ne s'accordent pas spontanément et de crier, comme le font désormais la plupart des penseurs américains, au " choc des civilisations " après avoir multiplié les provocations et encouragé en maintes circonstances, depuis la guerre en Afghanistan, les extrémismes. On se désole que certains bons esprits s'y laissent aller à leur tour, victimes sans doute de ce faux universalisme né des Lumières et des illusions de l'Homme abstrait qu'a déifié la Révolution française, comme d'ailleurs la Révolution américaine, et d'autres : illusions qui finirent toujours mal tant elles niaient la nature d'un homme qui est d'abord un être enraciné. Pourquoi rejoindre la folie des mondialistes qui, après avoir tenté de confondre toutes les nations développées sous le trompeur vocable d'"Occident", jusqu'à faire de New-York leur Mecque et de Washington leur capitale unique, crient au "choc" dès que leur idéologie mélangiste trouve ses limites ?

La différence ne dégénère en conflits que si nous la nions, et si nous sombrons dans cet existentialisme en toc qui postule que les hommes sont interchangeables, qu'ils peuvent se changer eux-mêmes, vivre où que ce soit dans l'univers sans considération de leurs racines, de leur langue, de leur histoire - c'est pourquoi je suis dubitatif sur l'immigration dans son principe même, comme sur toute forme de colonisation... Ce sont là de graves désordres jetés dans le monde. C'est parce que nous ne percevons plus les différences naturelles entre les civilisations qu'elles tournent au conflit...