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Assemblée nationale: Deuxième séance du mercredi 13 décembre 200693e séance de la session ordinaire 2006-2007
PRÉSIDENCE DE M. JEAN-LOUIS DEBRÉ Compte rendu intégral
Avant l’article unique
La parole est à M. Marc Le Fur, pour le soutenir.
La diversité fait partie de notre histoire et de notre géographie. La France est ainsi, elle est complexe et multiple. Je voudrais que chacun d’entre nous, même ceux qui connaissent peu ces sujets, soient conscients de l’extrême sensibilité d’une partie de nos compatriotes à cette question. Ne limitons pas ces préoccupations aux seuls locuteurs des langues régionales. Beaucoup, même ignorants de ces langues, y sont attachés parce qu’ils y voient leurs racines. À ceux qui me parleront de folklore ou de nostalgie, je répondrai que ce sont souvent les plus jeunes de nos compatriotes qui leur manifestent le plus grand attachement. J’ai pu le constater en Bretagne, comme d’autres en Provence, en pays d’Oc, en Alsace ou bien outre-mer. Évitons également de dénoncer je ne sais quel extrémisme. Au contraire, la reconnaissance de la République à l’égard de ces langues est la garantie de la lutte contre les extrémismes. Pourquoi une réforme constitutionnelle ? Parce qu’il se trouve que la France a signé la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires le 7 mai 1999, mais que nous ne l’avons toujours pas ratifiée.
Cette ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires est attendue et souhaitée ; la plupart des pays européens y ont déjà procédé. Nous sommes, avec la Turquie, les seuls à ne pas l’avoir encore ratifiée.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée. Quel est l'avis de la commission ?
S’il s’agit d’un simple v½u, vous conviendrez qu’il n’a pas sa place dans notre loi fondamentale, notre loi suprême, dont le rôle n’est pas d’émettre des signes forts. S’il s’agit de permette la ratification de la Charte européenne relative aux langues régionales et minoritaires, je suis navré de vous dire qu’il est inopérant. En effet, le Conseil constitutionnel a déclaré le 15 juin 1999 qu’en l’état de notre Constitution cette charte ne pourrait pas être ratifiée par la France pour deux raisons principales. D’abord, parce que la charte porte atteinte à l’unité du peuple français, à l’indivisibilité de la République et à l’égalité devant la loi, en conférant des droits spécifiques à des groupes de locuteurs de langues régionales ou minoritaires.
Ensuite, le Conseil constitutionnel a relevé que cette charte reconnaît à chacun le droit de pratiquer une langue autre que le français, non seulement dans la vie privée, ce qui est tout à fait acceptable, mais aussi et surtout dans la vie publique, c'est-à-dire devant la justice et les services publics. Là encore, si c’est bien le but recherché par les auteurs de l’amendement, sa rédaction ne convient pas. En outre, je vous demande de bien réfléchir aux conséquences d’une telle évolution quant au fonctionnement de nos services publics et de notre justice. Si toute personne pouvait prétendre y utiliser la langue régionale ou minoritaire de son choix, faudrait-il mettre en place des systèmes de traduction, faudrait-il recruter des magistrats ou des jurés parlant la langue en question ?
Alors que la France est le seul pays, avec la Turquie, à ne pas avoir ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, nous avons une occasion unique de réparer cette erreur et d’en faire le préalable à sa signature. Pour moi qui suis Breton, la langue bretonne est une richesse et ce serait un signe très fort que la France puisse enfin reconnaître ceux qui l’ont créée. À lieu de nous diviser, vous avez là, mes chers collègues, l’opportunité de nous réunir sous le drapeau français. Alors, ne ratez pas cette occasion !
Je ne me prononcerai pas sur le fond car, comme une grande partie de mon groupe, je suis plutôt favorable aux langues régionales. Mais le problème aujourd’hui n’est pas là. Nous venons de consacrer plusieurs heures à une question grave, la mise en application de l’accord de Nouméa, et les arguments échangés nous le montrent. Ainsi, nous avons entendu avec émotion ceux de Jacques Lafleur et de Christian Blanc. Mais ceux qui ont déposé cet amendement veulent-ils vraiment que le texte sur la Nouvelle-Calé donie soit voté ? Je leur rappelle qu’un projet de loi constitutionnelle doit être adopté dans les mêmes termes à l’Assemblée et au Sénat. S’il s’agit de prolonger les débats et les navettes, continuons à y ajouter des choses qui n’ont rien à voir avec la Nouvelle-Calé donie ! Les socialistes se sont engagés à l’égard des Calédoniens à ce que ce texte soit voté. Il ne faut donc pas le polluer avec des cavaliers, aussi intéressants soient-ils !
Arles est le pays de Mistral. Defendons touti la longo nostro et votons cet amendement !
Notre groupe s’associera à cet amendement. À ceux qui pensent que ce n’est pas le moment, cher René Dosière, je répondrai que ce n’est jamais le moment ! J’ai déjà entendu cet argument au cours des cinq ou six débats enflammés sur la question auxquels j’ai participé. Nous parlons de ce qui constitue notre patrimoine commun et je ne trouve pas qu’il soit déplacé, au moment où nous débattons du difficile problème de la Nouvelle-Calé donie, d’aborder la question des langues régionales. Le sujet pourrait devenir sérieux un jour, si nous ne le traitions pas. (Protestations sur plusieurs bancs du groupe socialiste et du groupe des député-e-s communistes et républicains. ) Faute d’être entretenues, les langues régionales risquent de disparaître, comme pourrait le faire le français, compte tenu de la vitesse à laquelle l’anglais progresse partout dans le monde.
Je souscris totalement à l’amendement de Marc Le Fur et de ceux de nos collègues qui l’ont cosigné.
La République s’est fort bien passée, pendant près de deux siècles, de la mention qui figure désormais à l’article 2 de la Constitution. Nous n’avons qu’une seule langue officielle, mais il y a soixante-quinze langues nationales qui font nos différences au sein de la République ! Comment voulez-vous que j’ignore mon identité, qui s’exprime notamment par le créole, le créole guadeloupéen, lequel coexiste avec le créole martiniquais et guyanais ? Je pense à toutes les langues amérindiennes et aussi aux langues kanak. Comment continuer à ignorer le breton, le basque, le poitevin, que sais-je encore ?
La parole est à M. Michel Vaxès.
C’est pourquoi, tout en réaffirmant mon intérêt pour les langues régionales, que je défendrai avec passion, je ne peux pas accepter un tel amendement aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs du groupe des député-e-s communistes et républicains, et sur de nombreux bancs du groupe socialiste.)
(Il est procédé au scrutin.)
Nombre de votants :............ ......... ......... ......... .......110 Nombre de suffrages exprimés :............ ......... ..... 101 Majorité absolue :........... ......... ......... ......... ......... ....51 Pour l’adoption : ............ ....44 Contre :........... ......... ......... ......... ......... ......... ...........57 L'Assemblée nationale n'a pas adopté. http://www.assemble e-nationale. fr/12/cri/ 2006-2007/ 20070093. asp |