|
|
|
|
Ne pas être dupe des grands motsEditorial
http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=65153
Plus de trois semaines après l'opération du Hezbollah et le début des représailles israéliennes, rien n'a bougé sur le front politique. On déplore le sang versé, les enfants morts et un pays en ruine. Mais, pour Israël, plus les jours passent, plus le résultat de cette campagne militaire est faible : le mouvement radical chiite, qui est profondément enraciné dans la population, n'est pas éliminé ; le Liban "démocratique" (gardons les guillemets) est anéanti ; l'image de l'Etat hébreu dans le monde s'est dégradée ... Cette guerre "accidentelle", pour emprunter l'expression de The Economist, n'a que trop duré. La responsabilité en incombe aussi aux Européens, incapables d'agir comme une vraie puissance et d'exiger d'une seule voix l'application de la résolution 1559 - une résolution parrainée, rappelons-le, par la France et les Etats-Unis, qui exige le désarmement du Hezbollah et le départ des Syriens. Si nous avons, pour notre dossier, délaissé analyses et reportages pour privilégier les textes d'écrivains, c'est dans l'espoir d'entendre une autre musique. Qu'ils soient poètes, comme Adonis, ou romanciers, comme Yehoshua, les écrivains ne sont pas dupes des mots, contrairement aux idéologues, aux fondamentalistes et à bien des hommes politiques : "démocratie", "sécurité", "souveraineté" n'ont pas la même valeur pour eux que "enfance", "terre" ou "avenir". On lira donc comment, Israéliens ou Libanais, ils ressentent dans leur chair cet engrenage de la "folie meurtrière fratricide", comme le dit si bien Sami Michael. Et maintenant ? La partie diplomatique est difficile. Washington - tout comme Paris - ne veut pas d'une négociation avec la Syrie. On peut se demander si ce théâtre d'affrontements n'en cache pas un autre, plus névralgique, entre les Etats-Unis et l'Iran. L'ONU vient de lancer un ultimatum à Téhéran pour que celui-ci cesse d'ici un mois ses activités d'enrichissement d'uranium. Un ultimatum qui ressemble fort au premier pas d'une longue escalade. |