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Milosevic le présumé condamné

Chronique hebdomadaire de Philippe Randa, écrivain et éditeur,
fondateur du site www.dualpha.com
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Slobodan Milosevic

J'ignore si Slobodan Milosevic est mort naturellement ou si on l'a aidé à débarrasser le plancher du TPI de la Haye. Sa mort, en tout cas, arrange tout le monde ! Et pour cause !

L'ex-président de la Yougoslavie ne sera donc jamais condamné ! À entendre les commentaires catastrophés des médias, c'est bien du malheur. Sauf que l'interruption brutale de son procès fait les affaires de ceux qui l'y ont déféré : les États-Unis d'Amérique, certains que sa culpabilité était évidente pour la seule raison qu'ils l'affirmaient. Sa condamnation ne pouvait être qu'une formalité. Ce ne fut pas le cas ! Depuis cinq ans, les accusateurs de l'ancien Président yougoslave n'ont cessé de s'empêtrer dans les quelques 66 chefs d'inculpation à son encontre pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis pendant les guerres civiles qui ont déchiré les Balkans dans les années 90, en Croatie, en Bosnie et au Kossovo. On ne peut que rester perplexe à constater une fois de plus la certitude qu'ont les USA à se considérer comme les seuls dépositaires de la morale en ce monde.

Deux poids, deux mesures

Slobodan Milosevic répondait donc de 66 chefs d'inculpation, ce qui n'est pas rien. C'est même beaucoup. Voire même beaucoup trop. Qu'il n'ait pas été un grand homme de paix, on peut légitimement le constater. Mais avait-il le choix ? Peut-on réellement lui reprocher d'avoir voulu préserver à tout prix l'unité de son pays ? Reconnaissons que ce chef d'État aujourd'hui si honni ne s'est lancé dans aucune conquête territoiriale. Il n'a sans cesse voulu que conserver sa patrie dans les frontières où il l'avait trouvé lors de son accession au pouvoir.

Certes, ses méthodes pour y parvenir sont discutables du strict point de vue des droits de l'homme, mais ceux qui ont fait scission, les Croates tout d'abord, les Bosniaques ensuite, ne sont guère eux-mêmes connus pour la douceur de leurs manières. Surtout en temps de guerre. Il est de bon ton de vilipender les charniers commis par l'armée serbe et de négliger ceux commis par ses victimes. C'est à nouveau deux poids deux mesures.

D'autant que l'histoire nous apprend que les atrocités dans les Balkans ne sont pas choses nouvelles et que déjà, lors de la Seconde Guerre mondiale, Serbes, Bosniaques et Croates s'illustrèrent avec quelque brio dans la barbarie.(1)

Du puzzle yougoslave...

Reprocher à Milosevic de vouloir conserver intact l'intégralité de la patrie dans laquelle il est né, c'est en fait remettre en question la légitimité de celle-ci, créée en 1945 par le chef communiste croate Josip Broz dit Tito.

Pourquoi pas ! C'est admettre alors qu'une nation reposant sur une fédération de six républiques avec trois langues officielles est une criminelle absurdité : « Au nombre de six, les nations correspondaient aux ethnies d'origine slave : les Serbes, les Croates, les Macédoniens, les Slovènes, les Monténégrins et les "Musulmans" (des Slaves de religion musulmane parlant un croate fortement turquisé). À eux seuls, les Serbes et les Croates formaient 66 % de la population. Le serbo-croate de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine s'écrivaient en alphabet latin, celui de la Serbie et du Monténégro, en cyrillique".(2)

... au puzzle français

Dans ce cas, que penser de l'avenir de notre propre pays en proie aux affres de plus en plus visibles du communautarisme, où la laïcité, qui sépare l'État et les cultes et assure ainsi la liberté de conscience à chacun, tout comme le christianisme, religion traditionnelle de l'Europe depuis près de 2000 ans, perdent chaque jour de l'influence au profit d'autres religions de plus en plus revendicatrices allant du Conseil Représentatif des Institutions juives de France au Conseil français du culte musulman en passant par le Conseil représentatif des associations noires ... et en attendant un jour prochain les Conseils tout autant représentatifs des celtes, des slaves ou des germains dont une partie encore importante de notre population est issue ?

Mais non, un scénario à la yougoslave est inenvisageable chez nous, bien sûr. L'ex-Yougoslavie, c'est si loin... C'est au moins à ... deux heures d'avion !

Notes (1) J'ai déjà eu l'occasion de rappeler qu'un officier allemand racontait après guerre à un ami historien comment il avait demandé à être relevé de son commandement en Yougoslavie, préférant les « joies » du Front de l'Est en URSS à ce qu'il vivait chaque jour dans ce pays. (2) Source : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/Europe/ex-yougoslavie.htm