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FACE AUX PAROLES QUI TUENT, LA TOLÉRANCE ZÉRO EST DE MISEPar Claude Moniquet, Président de l'ESISC
http://www.esisc.org/ (Ce texte a été rédigé à la demande du quotidien madrilène « ABC », qui l'a publié en espagnol dans son édition de ce dimanche 10 juillet 2005) Tous les observateurs s'accordent à déclarer que les attentats qui ont frappé Londres ce 7 juillet ne sont pas une surprise. Nous-mêmes, dans plusieurs analyses récentes mises en ligne sur notre site Internet, nous avions placé la Grande-Bretagne en première position des pays européens « ciblés » par le terrorisme islamiste. Les Britanniques, eux-mêmes, n'ignoraient rien de la réalité de la menace. Depuis longtemps d'ailleurs, les responsables de leurs services de sécurité déclaraient que la question n'était pas de savoir «si » leur pays allait être touché, mais bien « quand » et « où » il le serait. Et pourtant, même si les choses ont un peu commencé à changer depuis le 11 septembre 2001, Londres - qui s'était vu surnommer ironiquement le Londonistan - restait la capitale mondiale de l'islamisme militant voire armé. C'est à Londres que des dizaines d'organisations islamistes (dont certaines sont même interdites dans des pays aussi peu suspects d'islamophobie que l'Arabie saoudite ...) avaient trouvé refuge. Au nom de la sacro-sainte liberté d'expression, le gouvernement laissait vivre et prospérer cette mouvance. Des mosquées comme celle de Finsburry Park étaient ainsi devenues des centres de ralliement mondiaux de tout ce que la planète comptait de plus extrémiste dans la mouvance islamiste. Tout complot terroriste d'une certaine ampleur avait, immanquablement, à un moment ou l'autre, des ramifications à Londres. C'est dans cette ville que les islamistes concoctaient et organisaient leur propagande, qu'ils trouvaient une partie de leur financement, qu'ils recrutaient, qu'ils organisaient leurs attentats et nouaient leurs relations internationales, dans l'entourage de l'incontournable Abou Qutada, représentant quasi officiel d'Oussama Ben Laden et d'Al Qaïda en Europe. Dans certaines mosquées, Abou Qutada et d'autres, comme Cheikh Omar al-Bakri, prêchaient ouvertement le Djihad, le renversement des institutions démocratiques (y compris en Angleterre) et l'assassinat des «chrétiens et des juifs ». Sans que la justice britannique n'y trouve rien à redire, la liberté d'expression étant une valeur absolue. Sans mettre en cause les libertés civiles, on peut quand même penser qu'il y a un pas entre la liberté de parole et de culte et l'appel au meurtre. Pousser à l'assassinat ou à la guerre, appeler à la subversion des institutions démocratiques et à leur annihilation, inciter à la haine religieuse, applaudir aux massacres de civils innocents - femmes et enfants compris - ce n'est pas exprimer une opinion, c'est commettre un délit. La justice britannique aurait été bien inspirée de s'en rappeler. Car, à la fin des fins, ce que la tolérance dévoyée de Londres lui a rapporté n'est rien autre que la mort et la désolation. Depuis des années, la justice refusait, par exemple, d'extrader Rachid Ramda, considéré par la France comme le financier et l'organisateur des attentats de Paris, à l'été 1995. Par un cruel retournement du sort, la voilà maintenant en train de demander à ses alliés de l'aider à mettre la main sur Mohamed al-Guerbouzi, un Marocain ayant bénéficié, pendant près de vingt ans du statut de réfugié politique sur le sol anglais. L'homme est considéré comme l'un des principaux chefs du CICM marocain et comme l'un des concepteurs des attentats de Casablanca et de Madrid. Rabat avait, à ce titre, réclamé son extradition. En vain. Que Mohammed al-Guerbouzi soit ou non impliqué dans la tragédie de jeudi dernier, une chose est certaine : les attentats n'auraient pas pu être réalisés sans l'assistance d'éléments ayant longtemps vécu en Grande-Bretagne. En privé, les responsables de la police et des services de sécurité critiquaient les juges mais expliquaient que leur attitude avait au moins une conséquence positive : elle permettait d'observer les extrémistes, de les écouter, de les suivre et ainsi de rassembler du renseignement « utile ». On sait désormais, malheureusement, ce que vaut cet argument : tous les renseignement rassemblés n'ont pas permis d'éviter un massacre. On souhaite dès lors que le drame du 7 juillet serve au moins à une chose : rappeler aux Britanniques, d'abord, et au reste de l'Europe, ensuite, qu'il y a des limites dont on ne peut accepter le dépassement. Face aux appels au Djihad et à la haine, c'est désormais la tolérance zéro qui doit être de mise. Car il y a des paroles qui tuent. Et après les mots, viennent toujours les actes. esisc@esisc.org www.esisc.org |