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« On a tout essayé ! »

Jean-Louis Caccomo, Chercheur

Auteur d'un ouvrage sur le développement des industries numériques (Les défis économiques de l'information 1996), il a réalisé plusieurs articles scientifiques dans les revues internationales (Journal of Evolutionary Economies, Economies of Innovation and New Technology) ainsi que de nombreuses contributions dans la presse nationale (Les Echos, Le Monde, Le Figaro, Le Midi-Libre) et internationale (Le Providence à Boston, l'Express de Toronto). Il est actuellement chroniqueur économique à l'AGEFI, quotidien suisse de l'économie et des finances. Il est docteur en sciences économiques, chercheur et maître de conférences à l'Université de Perpignan

Face au chômage structurel qui ronge notre pays, François Mitterrand avait prononcé cette phrase fataliste : « on a tout essayé ! ». Plus tard, Martine Aubry, sur le même registre, s'exclamait à l'assemblée : « S'il existait une solution miracle contre le chômage, cela se saurait... ». Il est frappant de voir à quel point les socialistes, qui sont convaincus d'avoir le monopole du c½ur, de la bonne conscience et de la raison, ne peuvent imaginer qu'il puisse exister d'autres conceptions que les leurs. De telles affirmations pourraient prêter à sourire - ou à pleurer - dans un pays qui autocensure systématiquement toute solution qui ne flatte pas le réflexe jacobin de nos dirigeants. Il serait plus juste de dire « on a tout essayé à gauche » ou encore « s'il existait une solution miracle à gauche contre le chômage, elle aurait déjà été mise en ½uvre en France depuis longtemps ». Car, même la droite, lorsqu'elle est aux affaires, expérimente les politiques de la gauche de sorte que, depuis trente années, on a tout essayé de ce côté là : relance de la demande, matraquage fiscal, nationalisation, régulation administrative, lois sociales, réduction du temps de travail...

Cela me rappelle l'histoire de ces planificateurs soviétiques qui s'étonnaient de ne pas atteindre les objectifs de productivité assignés par le plan central, alors que les dirigeants de l'U.R.S.S. prétendaient rattraper les U.S.A. Devant l'incapacité de tenir ces objectifs, les cerveaux du Gosplan concluaient leurs rapports par un fataliste : « et pourtant, on a tout essayé ». Il est vrai que, dans le cadre de la planification impérative et centralisée de l'économie, ils avaient réellement tout essayé, même les camps de travail. Mais c'était le principe de la planification centralisée lui-même qui était défaillant. Cela, ils étaient bien incapables de l'envisager puisque leur idéologie postulait que l'économie ne saurait exister en dehors du plan central. D'où l'inévitable effondrement qu'ont su éviter les dirigeants chinois après Mao en abandonnant cette chimère mortelle.

C'est un peu ce qui se passe dans notre pays. De gauche comme à droite, il y a un consensus - voir un véritable tabou qu'il serait blasphématoire de discuter - sur le rôle « régulateur » de l'économie de l'Etat de sorte que personne n'est capable d'envisager des solutions en dehors de ce principe même. Pourtant, les procédures de régulation que l'Etat met en ½uvre (S.M.I.C., charges sociales...etc.) sont à l'origine même d'un chômage structurel qui s'impose à un niveau situé entre 9 et 10 %, soit pratiquement le double de ce qui existe dans les pays anglo-saxons.

Si la politique d'allègement des charges sur les bas salaires, entreprise en 1993, a commencé à porter ses fruits (à condition d'être néanmoins poursuivie), nous ne parviendrons jamais à vaincre durablement ce plancher des 10 % sans une remise à plat du salaire minimum et des modes de financement des droits sociaux, notamment de l'assurance chômage. En ce domaine, on est loin d'avoir tout essayé alors même que toute mesure cataloguée « libérale » est systématiquement écartée.

Jean-Louis Caccomo,

Perpignan, le 19 septembre 2005