|
|
|
|
Chronique de résistance: Les Cent JoursLes cent jours La France n'a pas su se réformer en vingt ans, pourquoi le ferait-elle maintenant en cent jours, sur fond de naufrage de l'Europe politique ? Pourtant, cent jours, c'est largement suffisant pour rompre avec les mécanismes du passé en brisant le carcan intérieur qui mine notre économie. De ce point de vue, il est regrettable que l'Europe ne dispose pas d'une véritable constitution, car certaines de nos pratiques hexagonales (conventions collectives encadrées par les « partenaires sociaux », fiscalité progressive, dérive des dépenses publiques) seraient déclarées anti-constitutionnelles par une cour suprême respectueuse des droits et devoirs fondamentaux [1]. Mais il est heureux que le projet rédigé par Giscard fût rejeté, déclenchant un processus d'arrêt salutaire de tout le processus de construction d'une Europe politique aux fondements incertains. Car, le projet Giscard consacrait les dérives collectivistes, qui font tant de mal à la société française, pour l'Europe entière. Le nouveau premier ministre s'est donc donné cent jours pour apporter la confiance au pays. François Mitterrand s'était donné « cent jours pour rompre avec le capitalisme ». C'était la condition pour rassembler la gauche autour d'un « programme commun » de gouvernement. Et Mitterrand avait réussi ce tour de force de rassembler la gauche française, à condition d'agiter la perspective d'un autre monde. L'étendard d'un autre monde est aujourd'hui brandi par l'extrême gauche et le mouvement ATTAC, dans une symbiose parfaite avec les discours nationalistes et populistes du front national. Mais peut-on réellement rompre avec le seul système économique qui fonctionne ici-bas ? Après Mitterrand, la gauche est devenue « plurielle », avant d'éclater complètement à l'occasion du dernier référendum. Mais les tiraillements à droite sont tout aussi puissants. Quant au capitalisme, il est toujours là : unique et pluriel tout à la fois, à l'image de l'économie de marché nécessairement concurrentielle, évolutive et décentralisée. Les dirigeants politiques prétendent réguler les phénomènes économiques, se présentant tous en régulateur en dernier ressort. Mais ils montrent chaque jour le spectacle d'un monde politique éclaté, sans réelle prise sur une réalité qui leur échappe toujours plus, parvenant à peine à réguler leur propre sphère politique et institutionnelle, peinant à gérer leur propre parti et à se mettre à l'écoute de leurs militants. Les gouvernements français se sont succédés avec une usure accélérée à la mesure de l'incohérence des politiques mises en oeuvre. Ni « social », ni « libéral », il est urgent surtout de ne pas choisir. Dans cet attentisme suicidaire, la France reste prisonnière d'un Ni-Ni dont la règle fut imposée par François Mitterrand en personne. Cette stagnation dans le Ni-Ni prouve, cependant, une seule chose : la recherche d'une troisième voie ainsi formulée est une impasse, ou plutôt un gouffre dans lequel les autres pays européens ne veulent pas être emportés. C'est pourquoi l'idée, avancée par Tony Blair, de remettre le budget européen à plat est bienvenue. La politique agricole commune est un trou noir financier qui aboutit à des dysfonctionnements économiques internes (l'offre française de viande de bouf ne répond pas à la demande française !) et externes (les pays en voie de développement n'ont pas accès aux marchés des pays du nord !) qui sont devenus insupportables. Pendant ce temps, l'Europe technologique est en panne faute d'un environnement institutionnel européen favorable à la prise de risque et à l'innovation [2]. Si, pendant cent jours, messieurs et mesdames les dirigeants de ce pays, vous « laissiez faire » pour reprendre une formule aussi célèbre qu'incomprise : laissez les gens s'enrichir en travaillant et en créant des entreprises (pourquoi doivent-ils le faire dans l'économie parallèle ou à l'étranger ?) ; laissez-les se prendre en charge par eux-mêmes ; laissez-les venir spontanément en aide à ceux qui sont dans l'impossibilité réelle de s'assumer, exprimant ainsi une solidarité réelle et non proclamée ; laissez la société se construire par elle-même, par sa base, dans la société civile, au lieu d'imposer des solutions artificielles inadaptées que toutes les consultations électorales rejettent. Et consacrez-vous donc à la Politique, dans le sens le plus noble et sacré du terme. Jean-Louis Caccomo, Perpignan, le 21 juin 2005 [1] La déclaration des droits de l'homme et du citoyen pose les fondements d'une fiscalité équitable par laquelle chacun doit contribuer au financement du bien public en fonction de ses moyens, d'où le recours à un impôt proportionnel et non progressif. Un impôt progressif serait considéré comme anti-constitutionnel à bien des égards puisqu'il s'écarte de l'objectif initial (financement du bien public) pour répondre à un principe de redistribution des richesses. [2] Voir tribune de l'Institut Thomas More n° 6, « A la recherche de la compétitivité européenne : la politique technologique de Bruxelles en question », disponible sur le www.institut-thomas-more.org. |